CHAPiTRe 5 : LUMièRe.

CHAPiTRe 5 : LUMièRe.
Bip.
Bip.
Bip.
Bip.


Ce petit bruit me tire de mon sommeil. J'entrouvre légèrement mes paupières collées... Une lumière blanche et rayonnante m'aveugle. Peut-être que je suis morte... Peut-être que je suis au paradis. Bip. D'ailleurs je me sens complètement engourdie. Mes membres sont lourds. J'ouvre enfin les yeux. Bip. Je suis allongée sur un lit d'hôpital.

J'observe la pièce, et m'observe... Des cathéters sont posés dans mes veines, je sens un tuyau remontant dans mon nez. Je ne sais même pas depuis combien de temps je suis ici.

C'est à ce moment qu'une grande infirmière entre, le sourire aux lèvres, un bloc notes dans la main.

« Elle : Bonjour Kay, comment te sens-tu ?

Moi : un peu engourdie, mais je vais mieux, merci. Depuis combien de temps suis-je ici ?

Elle : Tu es restée inconsciente pendant 72h. Tu pourras remercier tes amis, j'imagine que sans eux, tu serais morte. »

J'acquiesçais en silence.

« Elle : Tu es dépendante et accoutumée à l'une des drogues les plus dangereuses. Si tu l'acceptes, on peut te rendre ton indépendance et ta liberté. Ce sera dur, mais le sevrage durera tout au plus un an. Je te laisse réfléchir...

Moi : J'ai déjà pris ma décision... Sauvez-moi. »

Elle me sourit, sincèrement heureuse.

« Elle : Tes trois amis seront là d'ici quelques instants, ils tenaient à te voir dès ton réveil. (elle se penche un peu vers moi, et chuchotant, des étoiles dans les yeux :) Tu en as de la chance... iLs sont absolument magnifiques. »

Je souris intérieurement. Les fois où je les avais aperçus, ils étaient plongés dans l'obscurité, et pourtant j'avais été bouleversée par leur charisme. Je m'endors sur cette image angélique.

Il m'a semblé que je me réveillais seulement quelques minutes plus tard quand la même infirmière m'annonce la venue de mes sauveurs. Un souffle de stress me fit frissonner, je sens alors mes joues rougir légèrement.
Encore une fois, mes yeux sont aimantés vers les trois silhouettes que je pouvais enfin apprécier dans la lumière de la chambre. Till a de magnifiques cheveux bruns foncés, presque noirs, tout comme Richard. Le dernier est le plus petit, ses cheveux étaient dorés et courts, il me rappelle Kerstin. Tous les trois possèdent de jolis yeux bleus/gris posés sur moi, attendris. Cette vision est incroyablement apaisante. Le dernier, tout sourire, brise le très court silence attirant une chaise vers lui :

« Salut ! Je vois que tu vas un peu mieux, ah pardon ! Je ne me suis pas présenté... Moi c'est Paul. Le patron du bar nous a dit que tu t'appelais Kay, c'est joli. Ca te dérange si on s'assoit cinq minutes ? »

Sa voix est très douce, il me faut quelques secondes pour me retirer de ces rêveries.

« Moi : Oui, oui bien entendu ! Restez, je vous dois bien ça... C'est généreux de votre part, surtout qu'on ne s'est jamais vu auparavant...

Richard : Tu sais, on est tous plus ou moins passé par là, le minimum qu'on peut faire c'est te tirer de là. »

Associant le geste à la parole, il pose sa main tiède sur la mienne, et m'inonde de chaleur. Je me sens transportée de bien être. Un bien être sain. Enfin. Ce fut au tour de Till de prendre la parole de sa voix calme et pesante.

« Till : On te soutiendra pendant les prochains mois, tu peux compter sur nous. »
Les deux autres acquiescent d'un grand sourire encourageant. C'est étrange de se sentir motivée par la présence réconfortante de trois inconnus bienfaiteurs.

Les interrompant, l'infirmière annonce que la visite est terminée pour aujourd'hui, que j'ai besoin de repos, que trop d'excitation est mauvais. iLs m'abandonnent avec déception, je les regardent passer la porte, toujours animée de cette sensation de plénitude qu'ils m'avaient délivrée.


25 décembre 1993

C'est ma troisième semaine de sevrage. On m'a dit que les premiers mois étaient les plus durs, je dois être coriace. Les derniers mois ne servent qu'à s'assurer que je ne retombe pas dans la dépendance. Je me bats, et je suis soutenue comme jamais je ne l'ai été depuis que mes parents sont décédés. Aujourd'hui, j'attends une visite que l'on m'a promise. Je suis impatiente comme à chaque fois.

Till, Richard et Paul sont venus régulièrement me rendre visite. On se parle comme si on était de vieux amis. Comme si on avait vécu la même chose, qu'on avait traversé le même genre d'épreuves. C'est rassurant d'être ainsi épaulée.

Je jette un coup d'½il au réveil posé sur la table de chevet, où est posé une boîte de chocolat offerte par le patron du bar que j'avais l'habitude de fréquenter. Je ne m'attendais pas à recevoir une foule de cadeaux le soir de Noël bien entendu, les amis que j'avais se comptaient sur les doigts d'une main depuis ces derniers mois.

La porte s'entrouvre, la tête de Paul, surmontée d'un bonnet de Père Noel, dépasse par l'entrebâillement. Je m'esclaffe à la vue de cette posture hilarante. iL entre, suivent Richard, Till, et trois autres hommes que je n'avais jamais vu.


Merci beaucoup pour vos critiques super positives =D
Je m'éclate bien à écrire cette histoire, j'espère que vous continuerez
à l'apprécier, autant que j'apprécie de l'inventer ^^

# Posté le lundi 01 septembre 2008 09:17

Modifié le samedi 20 septembre 2008 07:21

CHAPiTRe 6 : NoËL

CHAPiTRe 6 : NoËL
Tout sourire, je prends le temps de détailler les six. C'est dingue, ils sont tous si différents, pourtant on pourrait croire qu'ils sont frères. La même douceur accompagne leur visage.

Paul est rayonnant comme à son habitude, Till m'offre un demi-sourire tout comme les trois inconnus qui attendent patiemment d'être présentés. Richard sourit franchement, cachant quelque chose dans son dos, un énorme paquet on dirait...

« Moi : Waoowh ! Je n'avais jamais reçu autant d'invités à la fois ! Bienvenue à tous dans mon humble piaule ! (rire général)

Paul : Ravi de te revoir, regarde ça : le Père Noël t'a apporté trois nouveaux potes ! Schneider, le beau gosse qui manie aussi bien les femmes que les baguettes,...

Schneider : Mais tu peux m'appeler Doom ! Ravissante comparaison Paul ...

Paul : Merci ! Ensuite Olly, que je ne regarde jamais dans les yeux vu sa hauteur, d'ailleurs toi non plus tu n'auras pas ce privilège...

Moi : je garde espoir, enchantée Olly !

Oliver : De même, Kay !

Paul : Et enfin notre mascotte, Flake »

Les présentations terminées, Richard pousse légèrement le coude de Till.

« Till : Tu as de la chance, on n'est pas venu les mains vides... »

En effet, je remarque qu'ils tiennent tous différents petits paquets. Ils ont l'air super heureux de me faire plaisir, et moi j'ai l'impression d'être une gosse qui ouvre ses cadeaux au matin de Noël, les yeux pétillants, surexcitée.
Apparemment au courant de mes gouts musicaux, Flake m'offre un t-shirt à l'effigie d'AC/DC (« Wahoou je rêvais d'en avoir un !!! »). Je l'enfile par-dessus mon t-shirt à manche longues. Il est un peu grand (il faut avouer que j'ai un peu maigri ses derniers jours) mais je l'adore déjà.

« Olly : Voilà de quoi provoquer une indigestion... » Je déballe le long paquet rectangulaire et comprends aussitôt : il y a bien une centaine de chocolats là dedans.... Quel plaisir ! Le prochain cadeau provient de Doom, je le déballe avec vitesse et m'esclaffe de bonheur en découvrant un bel appareil photo. Je m'empresse de faire fonctionner l'engin et prends la toute première photo de la pellicule, à la volée. Les gars sont surpris et rient, la photo risque d'être hilarante...

Interrompant les rires, Richard s'avance, un sourire gigantesque, cachant derrière son dos cet étrange paquet qui me parait énorme.

« Richard : Ca, c'est une idée de Till, Paul et moi. Comme tu nous as beaucoup parlé de musique, on s'est dit que ça te plairait certainement. Et puis on t'apprendra... »

Une idée me titille l'esprit... Je plisse les yeux... Il pose le paquet entre mes mains, j'enlève non sans peine le papier cadeau grossièrement appliqué autour du carton (tiens ? c'est sûrement un homme qui a emballé ce truc !)... Je rêve que mon idée du contenu s'avère exacte et j'esquisse un sourire d'enthousiasme à l'idée de découvrir dans ce gros carton...




« Moi : UNE GUITAAARE !!!! Oyeeaahh !!! » Je commence par observer la guitare accoustique, une Fender, je n'ose pas croire qu'elle m'appartient, je suis ébahie et, avec passion, laisse glisser mes doigts sur les 6 cordes. Merde, elle est magnifique. Je relève la tête vers Richard, assis à côté de moi. Tout comme les autres, il est émerveillé de ma réaction. Je pose délicatement l'instrument sur le côté avant de me plonger dans ses bras avec force. Je sens les bras des autres se serrer autour de moi également, on forme une énorme boule humaine, et tout cet amour m'arrache une larme de bonheur. Je sens une douce pression sur mon dos, ce sont les mains de Richard, qui pose sa tête sur la mienne. Au bout de quelques secondes, je m'écarte et tâche de dissimuler mes yeux humides.

« Moi : Ca fait très longtemps que j'ai pas touché une guitare, il va falloir me donner des cours privés,

Paul : t'inquiètes pas, tu sauras jouer comme Satriani d'ici deux mois ! Sans compter que nous sommes les meilleurs professeurs d'Allemagne...

Richard : ...Du monde, tu veux dire ?

Moi : J'crois que vous surestimez mes capacités !

Till : Je tiens le pari.

Olly : Moi aussi... 5 marks que Kay dépasse le maître d'ici deux mois !

Doom : 10 marks ! » Rires.

Je reprends alors la guitare, et me remémorant ma jeunesse, je joue « Jeux interdits », un peu lentement, mais assez proprement. A la fin du thème, Paul commence à applaudir avec gaieté :

« Paul : Wowhh une vraie déesse de la guitare en devenir !

Moi : Comment tu oses te moquer de moi ? J'aurais bien voulu t'y voir, quand tu as commencé la guitare...
Flake : Moi j'ai vu, et ça piquait les oreilles, crois moi !

Moi : et maintenant, ça donne quoi un Paul avec une guitare ? »
je lui tends mon instrument, qu'il saisit en se donnant un faux air prétentieux qui a fait rire tout le monde. Il commence à jouer un morceau énergique. Je suis sous le charme bien entendu. C'est au tour de Richard, qui dévoile un joli solo.

« Moi : Vous êtes décidés à faire un groupe, tous les six ?

Till : Oui, ça sera bientôt officiel, et on entend déjà parler d'un éventuel concert d'ici Avril... »


Suite demain je pense =)

# Posté le jeudi 04 septembre 2008 15:34

Modifié le samedi 20 septembre 2008 07:19

CHAPiTRe 7 : PHoToS SoUVENiRS.

CHAPiTRe 7 : PHoToS SoUVENiRS.
« Moi : Et vous avez déjà pensé à un nom de groupe ?

Olly : On pense à « Rammstein »...

Doom : Tu sais, le crash aérien...

Moi : Ouais je vois, en tout cas je trouve que vous serez parfaits tous les six. Vous avez l'air très liés, c'est un bon début !

Richard : Est-ce que tu nous pardonneras si on vient te voir un peu moins régulièrement à partir de janvier...

Paul : Beh j'espère bien, maintenant t'as une guitare pour te tenir compagnie,

Moi : A mettons que je vous pardonne... Mais j'ai quand même le droit de faire une distribution générale de chocolats et de prendre des photos avec mon nouvel appareil non ? De toutes façons vous n'avez pas le choix, allez, mettez vous tous à côté, je règle le minuteur... »

Ils s'exécutent, Olly-Flake-Doom debouts contre le mur, Richard-Till-Paul accroupis, devant eux. Je sélectionne le mode minuterie et rafale, et je bondis vers eux dès que le décompte commence. S'ensuit une série de photos, de la plus classe à la plus ridicule... Sur la dernière, Till me colle vivement un bisou sur la joue. Je me sens légèrement rougir, sur le coup.

« Richard : Je me charge d'amener la pellicule pour la faire développer !

Moi : Attends un peu, elle n'est pas finie ! »

En riant, je le prends en photo par surprise, puis on se lance chacun l'appareil, et le bonnet de Père Noel que Paul avait amené passe de tête en tête, pour en faire un moment immortalisé. Au bout d'un quart d'heure, peut-être plus, la pellicule est pleine, les sourires sont radieux. Paul passe son temps à m'ébouriffer les cheveux, les autres me lancent des clins d'½il amusés. Quant à Till, il me fait penser à un grand frère protecteur, il est souvent en train de m'enlacer amicalement.

Pourtant, je suis perplexe. Son attitude n'a rien d'ambigu, mais son geste me trouble, ça me fait un petit pincement de tristesse. C'est énervant, je voudrais être capable de profiter pleinement de ses démonstrations de tendresse. Mais j'ai cette horrible impression de passer à côté de quelque chose (ou de quelqu'un...), comme si j'attendais plus de lui. Et ce sentiment est idiot, puisque je sais qu'il me considère (juste) comme une amie. Peut-être que pour lui, je suis qu'une connaissance, ça vient juste. Je préfère chasser ces réflexions de gamine.

Deux ou trois heures encore, on a continué à déconner tous les sept. Tant de bonne humeur me réchauffait le c½ur. J'avais l'impression de ne plus être dans une chambre d'hôpital. J'évitais le plus possible de penser aux câlins de Till, c'est certainement un gars très tendre c'est tout.

C'est l'infirmière qui leur a ordonné de déguerpir...Ils commençaient à squatter légèrement, et mine de rien on faisait beaucoup de bruit... Je me suis endormie le sourire aux lèvres.


Mi-Janvier 1994

Richard est passé hier. Ca devient un peu compliqué de venir me voir tous les deux jours, encore plus compliqué de venir à plusieurs. Les gars travaillent sur leur premier album et n'ont pas beaucoup de temps libre. Richard m'a apporté des chips (ma friandise préférée), et une cassette-vidéo de leçons de guitare pour débutants, que je n'avais plus qu'à glisser dans le lecteur de ma chambre. Il pense à tout ce mec. Il m'a quand même aidé à jouer (j'ai appris un refrain de Kiss !), ravi de me faire plaisir. J'ai aussi la sensation de lui faire plaisir, il sourit tout le temps, à croire que je suis naturellement risible !

Juste avant de me laisser, il a farfouillé dans sa poche intérieure de manteau, et m'a tendu une enveloppe. Celle qui contenait les photos qu'on avait faites deux semaines auparavant. Je l'ai remercié et me suis empressée de regarder le résultat.

Je me suis marrée devant la tête qu'on tirait sur la plupart des clichés. Et puis je suis tombée sur une photo en particulier. Une photo qui m'a replongée dans cet état nostalgique, avec cette sensation d'acte manqué.


J'écrirai la suite ce weekend =)
merci à Lindefrau qui a remarqué l'incohérence du DVD en 1994 =P

# Posté le vendredi 05 septembre 2008 13:56

Modifié le samedi 20 septembre 2008 07:19

CHAPiTRe 8 : RêVES.

CHAPiTRe 8 : RêVES.
Franchement, on ne voit que ça sur la photo.

Moi, compressée sur Till qui m'entoure les épaules de son bras musclé, les yeux clos et le visage collé sur ma joue. Sa mèche de cheveux tombe sur son visage, ça lui donne un air de bad boy... C'est en voyant la photo que je me rends compte de sa carrure. Il est irrésistiblement viril et sexy en fait.

Moi, à ses côtés, j'ai l'air fragile, maigre, insignifiante. Une petite s½ur.

Je commence à avoir le vertige, à m'imaginer une histoire invraisemblable, quelque chose entre lui et moi. Je m'imagine ses lèvres tièdes se poser sur les miennes, ses longs doigts se glisser furtivement dans mes cheveux, son odeur m'enivrant...

Je suis complètement folle. Peut-être que c'est un effet secondaire du sevrage. Peut-être que je suis stressée, que je divague. En tout cas ça n'est jamais bon de se faire des films. Je sais que si je continue, je vais réellement me détruire, quand il va falloir que je retombe sur Terre. Et encore une fois je vais être déçue de moi, de voir que les choses ne sont pas telles que je les voulais. Mais c'est tellement doux de rêver. Doux et dangereux.


Fin Mars 1994

Ils sont tous venus me voir de temps en temps. Tous, sauf Till.

Je suis déchirée en deux. Je redoute d'être tombée amoureuse. Bien entendu, je n'en ai parlé à personne. Ce genre de choses, je le garde toujours pour moi. Du matin au soir, c'est la même chose, mon esprit est concentré sur deux idées. La première : comment savoir ce que Till éprouve vraiment ? Y a-t-il un espoir ?... La deuxième : comment me persuader d'arrêter ces interrogations ridicules ? Pourquoi est-ce que je me fais volontairement du mal, alors que la preuve est là : Till n'a pas besoin de me revoir.

Ils partent dans quelques jours pour leur première tournée.



Petit chapitre, je dois partir à une fête.
Je pense que le gros de l'histoire ne va pas tarder à arriver, je prends mon temps =P

# Posté le samedi 06 septembre 2008 11:23

Modifié le samedi 20 septembre 2008 07:20

CHAPiTRe 9 : ReFLEXiONs.

CHAPiTRe 9 : ReFLEXiONs.

Avril 1994.

Mai 1994.

Juin 1994.

Juillet 1994.

Aout 1994.


Septembre 1994.


C'est long... Tellement long.

Depuis de longs mois, ma vie consiste à être patiente. Je suis presque sevrée, bientôt je serai tout à fait libre. Mes potes sont partis en tournée, j'ai régulièrement de leurs nouvelles, soit par téléphone, soit par courrier. Ils sont très bavards, peut-être que c'est dû à leur excitation.

Je mens. iLs ne sont pas tous bavards. Celui dont je rêve d'entendre la voix n'est jamais prompt à me parler. En ce qui concerne les lettres que je reçois, ses mots se résument à un « prends soin de toi, bises ». Alors je m'attarde sur les romans de Paul ou de Richard, les « La météo d' Ilmenau est dix fois pire que celle de Leipzig, Kay ! Des fois je t'envie ; toi t'es tranquille dans ta piaule de 9m², et c'est bien connu, il ne pleut pas dans une chambre... » ou alors « Le concert de hier était géniaal ! Au fait, j'espère que lorsque je te verrai, tu joueras aussi bien que Satriani ! Sinon, je vais devoir te confisquer ta guitare... A moins que tu ne me fasses un gros bisou ! En attendant, ne mange pas trop de chips et ... » etc.

A chaque fois que l'un des gars m'appelle, je garde l'espoir que Till s'empare du téléphone pour me parler pendant des heures. Comme un véritable ami. Mais à chaque fois, mes espoirs s'effondrent, et je ris d'y avoir cru. Je déteste cette sensation de me sentir naïve, en plus de me sentir quasi inexistante à ces yeux. Je déteste les sentiments qui s'entrechoquent dans mon c½ur.

Parfois je me sens tristement invisible. Je suis persuadée que penser à Till pendant des heures ne changera rien au destin : on ne sera jamais ensemble. Moi, pauvre ex-héroïnomane, avec le chanteur idolâtré d'un groupe de métal émergeant ? Impossible, inenvisageable.

Parfois je suis terriblement en colère. En colère contre lui, qui n'a pas les couilles de me parler, pour des raisons que je ne comprends pas. En colère contre moi, parce que je ne suis pas celle que je voudrais être. En l'occurrence, je voudrais être aux côtés de Till. Et manifestement, tout ce que je sais faire c'est me rendre inutilement déchirée par mes propres réflexions de gamine, emprisonnée dans cette cellule aux murs blancs.

Mais par-dessus tout, je me sens instable. Pourquoi est-ce que je m'obstine à garder espoir ? Pourquoi est-ce que je trouve cette obstination pitoyable ? Je deviens folle n'est-ce pas ? Quelle drôle d'ironie : ce n'est pas l'héroïne qui m'a rendu folle, c'est son remède.


Octobre 1994

Novembre 1994


Les derniers mois ont été tristement linéaires. Ainsi, rien n'a changé, et je me suis enfin avouée qu'il n'y aurait jamais rien entre Till et moi. Et je me suis enfin avouée que garder des espoirs infondés ne feraient que me hanter. J'ai adopté une devise, « no hope = no pain ».

Je garde contact avec Paul, Richard, Doom et Flake, et Olli bien sûr, mais celui-ci est plus timide. On peut dire que c'est grâce à eux que je prends la peine de continuer à vivre, on est devenu de vrais amis, liés malgré la distance.

Je vais beaucoup mieux, peut-être grâce à ma nouvelle devise. Comme je passe moins de temps à rêvasser, j'ai le temps de me replonger dans les notions de pyrotechnie. Bon, c'est sûr que trouver du travail va être dur, surtout quand on sort d'une année pareille...Je me sentirais effrayée à la place de l'employeur, à vrai dire. C'est pas grave, je révise quand même. Ca me change efficacement les idées.

Physiquement aussi je vais beaucoup mieux. J'ai de nouveaux un poids normal, une silhouette que j'entretiens facilement en dansant dans le parc de l'hopital. Mes cheveux n'ont jamais été aussi soyeux, ils ondulent en formant des vagues brunes sur mon dos, presque jusqu'à mes reins. Les médecins ont noté ces améliorations, et en récompense, j'ai obtenu de pouvoir passer autant de temps que je le voulais dans le grand parc, et j'ai aussi obtenu de pouvoir repeindre. Jusqu'ici, je gribouillais dans un vieux carnet (souvent, mes dessins se résumaient à Till, sous toutes les coutures). Maintenant, je peins des paysages à la gouache sur des grands cartons, et je respire l'air frais, pieds nus dans l'herbe. Je touche un peu à la liberté, mais je ne l'obtiendrai qu'en janvier.

Au fait, Kerstin est mort. iL a succombé à une overdose. Peut-être qu'inconsciemment, je me bats pour ne plus courir le danger de finir comme lui.


15 janvier 1995

Un large sourire s'étire sur mon visage depuis mon réveil. Ca y est. Enfin ! Je suis guérie, et radieuse selon l'infirmier. iL pleut et je m'en fiche, pour moi cette journée est éclatante de couleurs.

Le lecteur CD fait résonner les morceaux de Rammstein (il ne faudra pas que j'oublie de remercier les mecs pour ce cadeau... Ce CD n'a pas intérêt à tomber dans les mains de n'importe qui, puisqu'il n'est pas du tout officiel et qu'il ne s'agit que de compos non abouties !) J'enfile une robe bien trop légère pour la saison, mes bottes de pluie. J'attache mes cheveux dans un chignon un peu fou, attrape ma guitare et cours vers le parc de l'hôpital. Ma dernière excursion dans ce parc.

Je respire l'air de cette fraîche matinée, jusqu'à ce que mes poumons soient prêts à exploser. Mon sourire s'étire encore un peu plus. Rammstein a fini sa tournée annuelle hier, à Freibourg. iLs arrivent cet apres-midi. Je vais enfin revoir mes amis. Je vais enfin les serrer dans mes bras, les remercier mille fois de m'avoir sauvée, de m'avoir offert une seconde chance.



Hop, une étape de passée =)
Suite au prochain épisode =P

# Posté le dimanche 07 septembre 2008 12:04

Modifié le dimanche 07 septembre 2008 15:47