CHAPiTRe 10 : ReTROUVAiLLEs.

CHAPiTRe 10 : ReTROUVAiLLEs.
« Ne pas ronger mes ongles... Ne pas ronger mes ongles... »

Je secoue frénétiquement la jambe, assise sur le petit muret en dehors de l'enceinte de l'hôpital. Je suis restée cloitrée ici pendant un an, et pourtant j'y ai vécu les émotions les plus délicieuses et les plus dévastatrices que j'ai connues. Peut-être que lé désir et l'ignorance sont plus douloureux que la drogue. A vrai dire je ne préfère pas faire la comparaison. Je me concentre pour évacuer mon stress...

Je suis consciente d'avoir changé physiquement, d'être plus féminine. Je me ressemble enfin.

Mentalement, j'ai aussi... mûri. Surement à cause de tant de réflexion et de remise en question. J'espère que je ne vais pas paraitre trop... aigrie. J'espère que je vais être à la hauteur.

Dans ma tête, j'ai déjà abordé plusieurs scénarii en ce qui concerne mes retrouvailles avec Till. C'est mon casse-tête préféré depuis 3 semaines. Est-ce qu'il va m'ignorer ? Me serrer dans ses bras ? Et moi, quelle va être ma réaction... iL y a un grand point d'interrogation qui habite mon esprit. Je me force à contempler le parking en face de moi, à ne penser à rien.

Au bout de quelques minutes qui m'ont parues infiniment longues, le silence est brisé par le son, lointain, d'un moteur de voiture. Je tourne précipitamment la tête vers la source du bruit, une vague d'angoisse s'empare à nouveau de ma gorge. D'un bond, je me mets debout, toujours devant le petit muret, et accroche nerveusement la hanse de mon sac. Je vois la Volkswagen ralentir sur le parking, et, le moteur à peine éteint, trois silhouettes déboulent.

« Moi : Paaauuu.... »

A peine j'ai prononcé son nom qu'il saute dans mes bras, et me fait tournoyer comme dans un manège. On hurle allégrement de joie, tandis que je vois Richard se lancer sur nous, suivi par Doom. A nous quatre on forme une vraie boule humaine. Après quelques secondes passées ainsi serrée entre quatre hommes et en mode apnée, les bras se détendent. Je recule, le sourire jusqu'aux oreilles, et je suis tellement émerveillée que je me relance vers eux et me jette dans leurs bras ! Je sens quelques larmes de bonheur s'échapper de mes yeux.


Richard se détache, et entoure mon visage de ses mains, et plonge ses yeux bleus/gris dans les miens. Je crois que toute ma plénitude se déverse dans mon regard. Son sourire s'élargit, il dépose un baiser sur le bout de mon nez. Ces marques de tendresse me font frissonner, ce qu'il remarque. iL dénoue d'un geste rapide son écharpe noire de son cou, et l'enroule chaudement autour du mien.


« Doom : Tu es toute mignonne quand tu grelottes ! » Cette remarque fait rire Paul, qui entoure mes épaules de son bras.

« Paul : iL caille un peu dehors, j'propose qu'on rentre dans la voiture, on a pas mal de choses à se raconter !

Doom : Okay, mais pas longtemps, normalement les autres ne devraient pas tarder à arriver »

C'est à ce moment là que je me rends compte de l'absence de l'autre moitié du groupe. Bizarrement, je ne suis pas contrariée de reporter mes retrouvailles avec Till...Pour me rassurer, je me serre un peu plus contre Paul. J'entre à l'arrière la voiture réchauffée à la clim', Richard sur mes talons. Paul est à l'avant, Doom à la place du conducteur.

« Moi : Vous pouvez pas savoir à quel point vous m'avez manqué, les gars...

Richard : Toi aussi tu nous as manqué ! En tout cas, félicitations pour ta guérison, j'imagine que ça a du être difficile, toute seule,

Moi : Non justement je n'étais pas seule, c'est sûrement la première fois de ma vie que j'ai autant de soutien... Merci les mecs, je sais pas comment vous remercier.

Paul : Moi j'ai une petite idée... (il tend la joue gauche... sur laquelle je fais un énorme bisou) Ouais c'est pas mal ! Bon et maintenant, qu'est-ce que tu vas faire de ta peau ?

Richard : Promets moi que tu n'iras plus danser sur la scène d'un bar ! ... Même si c'est plutôt plaisant à voir !

Moi : (en riant) PPfff ! Non, t'inquiètes pas, je vais faire en sorte de me trouver un job un peu plus intellectuel et moins dénudé... En fait, à la base, je suis diplômée de pyrotechnie, le feu m'a toujours fascinée !

Richard : Vraiment ?? Dites, vous pensez la même chose que moi les gars... »

Les trois musiciens croisent leur regard, et un sourire furtif se dessine sur le visage de Paul.

« Paul : Je crois qu'on a trouvé un boulot pour toi, Kay !

Doom : En fait, pendant cette tournée, Till s'est aperçu qu'il s'emmerdait un peu pendant les solos, et qu'à part croiser les bras, il n'a rien à faire...

Richard : ...Du coup on a un peu joué avec le feu... Littéralement ! Paul a versé du pétrole dans la salle et Till l'a enflammé avec un petit feu d'artifice ! L'effet est super impressionnant, on n'a pas eu beaucoup de public mais les gens ont été ébahis !

Paul : Et on a trouvé un manager ! On te le présentera bientôt, il s'appelle Emu. Bon en bref, il y a eu quelques dégâts avec ces vieux effets... On s'y connait pas trop, il nous faudrait quelqu'un de compétent tu vois... »

Je commençais à comprendre...

« Moi : J'accepte ! Je veux bosser avec vous, je serai une parfaite ingénieure en pyrotechnie !

Richard : Ah ben voilà c'est parfait ! On t'a trouvé un super taff et on a réglé nos problèmes d'effets scéniques...

Doom : Je crois qu'on va pouvoir ressortir de la voiture, il me semble que les quatre autres arrivent ! »


...

... "quatre" ?

# Posté le mardi 09 septembre 2008 16:15

Modifié le samedi 20 septembre 2008 07:20

CHAPiTRe 11 : "iT can't RAin EVeRyday, iT don't RAin FOrever..." -P.O.D.-

CHAPiTRe 11 : "iT can't RAin EVeRyday, iT don't RAin FOrever..."  -P.O.D.-


« Quatre »...

Les éventualités se bousculent dans ma tête... Quatre... Quatre... C'est pas rationnel, c'est pas logique. Merde, ils ne peuvent être que trois à sortir. La voiture commence à freiner. Mes neurones bouillonnent. Je sens le mal arriver. « Mais non Kay, c'est sûrement Emu, ça ne peut être que lui ». Trop tard pour espérer, la voiture est maintenant garée. Les portières s'ouvrent terriblement, doucement. Je vois du coin de l'½il Richard qui sourit, prêt à accueillir ces fameuses quatre personnes.

Je suis pétrifiée sur place, ma respiration se fait haletante, de la buée sort de ma bouche en petites salves rapides. Mes doigts sont tendus sur la hanse de mon sac, ma mâchoire est crispée et j'ai cette désagréable impression de pouvoir entendre mon c½ur battre à tout rompre. Flake est sorti le premier mais je n'y ai pas vraiment prêté attention. Je regarde maintenant Olly sortir du véhicule, je devine derrière sa grande silhouette celle de Till, plus imposante. iL pose un pied sur le goudron verglacé, et la vision de son visage me frappe.
Comme un souvenir que j'avais voulu effacé de ma mémoire, et qui revenait un beau jour, plus douloureux que jamais.

Son visage est rayonnant, je reconnais les traits de son sourire, les courbes délicieuses de ses joues, l'éclat de ses yeux bleus, je me sens soupirer de mélancolie. A peine sorti, toujours dans l'entrebâillement de la portière, Till se retourne vers l'intérieur de la voiture, avec le sourire de ses gamins heureux quand, au matin de Noël, il déballe leurs cadeaux. Un sourire sincère. iL tend alors sa main, et je me crispe lorsque j'aperçois une fine main gantée s'en emparer. Je ne respire plus, retiens mon souffle, et le vent balaie mes cheveux sur mon visage.

J'entends des conversations autour de moi, des gens qui me parlent, mais je ne fais que les entendre, je ne les écoute pas. Toute mon attention est tournée vers la longue silhouette qui sort gracieusement de la voiture. Je suis d'abord frappée par la blondeur éclatante de ses longs cheveux lisses, qui encadrent magnifiquement un visage de porcelaine. Son sourire blanc est aussi grand que ses yeux émeraude. Je sens le magnétisme entre Till et elle, elle si belle dans son manteau cintré, ses longues jambes galbées habillées de bottes en cuir. Presque aussi grande que l'homme qui lui tient la taille et lui offre un sourire de fascination.

Je vois le couple avancer vers moi. Je redescends sur Terre, la réalité s'abat sur mes épaules comme un énorme poids. La déception et le dégoût me rongent. Je détache mes yeux des deux silhouettes à la beauté quasi inhumaine pour jeter un regard vide au ciel qui me parait tout d'un coup très gris. C'est impossible de décrire la tempête de sentiments qui gronde dans ma tête en ce moment, et je ne le peux pas, car Paul me tire de ce que j'espère n'être qu'un cauchemar. Ces quelques secondes m'ont paru péniblement longues.

« Paul : Ah ! Voilà les derniers ! Kay, je te présente Ielena. Ielena, voici Kay »

Je me sens alors étouffée. Elle n'est qu'à un mètre de moi, pourtant je me sens minuscule face à elle, si élancée. Elle m'offre son plus beau sourire.

« Ielena : Enchantée, je suis russe, je ne parle pas trop bien le Allemand mais Till et les autres et toi pourrez m'apprendre, non ? »

Je n'ai aucune idée de ce que disent mes yeux, mais bizarrement j'arrive à donner un semblant de sourire, qui je me doute, sent la tristesse et l'incrédulité. Je crois que Richard s'est rendu compte que malgré l'interrogation de la grande blonde scandinave, aucun son ne sortait de ma bouche.

« Richard : Tu te débrouilles pas si mal, tu verras au bout de quelques semaines tu seras complètement bilingue, pas vrai Kay ?

Moi : ... Oui, oui, sûrement ! »

Ma voix est celle d'une fille qui a passé des mois à pleurer, à espérer, et qui voit s'évanouir les maigres espoirs qu'une partie d'elle-même s'autorisait à garder. L'autre partie de cette fille se moque ouvertement de l'ironie de sa situation. Encore une fois, je suis déchirée en deux. Deux facettes opposées. Une nouvelle fois, Paul me fait perdre le fil de mes pensées torturées.

« Paul : Kay sort de l'hôpital aujourd'hui, et il se trouve que cette chanceuse a déjà trouvé un travail alléchant... Pyrotechnicienne pour un certain groupe de métal allemand qui merde un peu dans leurs effets scéniques...
Olly : Tiens, ça me dit quelque chose...

Doom : En bref, quand Emu aura donné son accord, Kay travaillera avec nous, ça vous va ? »

Je vois les yeux de Flake pétiller, Olly a aussi l'air ravi. Pour être honnête, je n'ai plus du tout envie de travailler avec eux. Je n'ose pas penser à ce que je vais devoir endurer... Supporter la vue de Till embrassant sa déesse aux proportions rêvées... Ec½urant, tragique.

« Pourquoi pas. »

Till a prononcé ces mots sans aucune émotion. Aimanté, mon visage se tourne vers le sien. iL ne trahit aucune émotion, ni joie, ni appréhension. Rien. iL n'empêche que son sourire s'est effacé lorsque Paul a annoncé mon projet. Ce visage étrangement froid et distant me transperce le c½ur de part en part. Heureusement, une nouvelle conversation est entamée, à laquelle je ne participe pas. Je crois qu'ils parlent d'un studio de musique en centre ville, d'une ancienne caserne de pompiers qui va être réhabilitée, je ne sais pas exactement. Je souris bêtement, comme Ielena qui ne doit comprendre qu'un mot sur deux.

Elle m'horripile, je la déteste. Je voudrais être à sa place pour briser le c½ur de Till comme il a brisé le mien.
Elle me fascine, je l'admire. Je voudrais être à sa place pour glisser mes mains dans celles de Till, et pouvoir l'embrasser à chaque minute si j'en éprouve le besoin.

Flake a la bonne idée de préciser qu'il caille dehors. Je suis persuadée qu'entre tous, c'est moi qui aie le plus froid. Till et sa « girafe divine » reparte vers la voiture, collés. Je me décide, me ressaisis, et réalise que tous mes bagages sont encore dans l'enceinte de l'hôpital.

« Moi : Paul, tu veux bien m'aider à porter mes valises ? J'en ai pas beaucoup mais il y a aussi la guitare et j'ai peur de ne ...

Paul : Oui bien sûr !

Moi : Merci beaucoup, tu as trois minutes ? iL faut que j'appelle un taxi,

Paul : Mais non, on va te ramener chez toi, on va pas te laisser ici complètement abandonnée, on n'est pas si cruel...

Moi : Ah, je veux bien, si ça ne te dérange pas... »

Je marche vers l'entrée, en regardant mes vieilles bottes de pluie. Le froid me glace le sang. Mais c'est bien fait pour moi. Me voilà punie, punie d'avoir osé croire que quelque chose était possible avec Till.

« Paul : Ca ne va pas ? T'es sûre que tu es en forme ?




Merci BEaUcOuP pour vos coms super sympas !
whow.... 50 coms sur le dernier article (*.*) ça fait plaisir =)

Désolé, j'ai mis longtemps à écrire ce chapitre,
mais j'étais pas très bien cette semaine (surement la fatigue avec la reprise des cours)
alors j'ai attendu d'être plus... motivée =)
J'espère que les sentiments de Kay vous parleront,
j'imagine que je ne suis pas la seule à avoir déjà vécu ce genre de situation =P
(les aléas de la vie.... saynul =P) . .. Pauvre Kay xD

# Posté le mardi 16 septembre 2008 16:08

Modifié le samedi 20 septembre 2008 07:23

CHAPiTRe 12 : ABris.

CHAPiTRe 12 : ABris.


Moi : Beh bien sûr que oui ! Tu veux quand même pas que je retourne dans cette prison médicale non ?

Paul : Justement j'allais t'en parler ! Bon, plaisanteries à part, tu as l'air nostalgique ou quelque chose comme ça... Ca te plait pas de reprendre une vie « normale » ?

Moi : ... Si, si. C'est juste que... j'appréhende un peu, ça fait longtemps que j'ai pas vu le monde extérieur, et tout. Enfin, j'ai peur d'être un peu déboussolée, tu vois. »

iL acquiesce. En fin de compte, ce que je dis n'est pas totalement faux. Et j'allais pas non plus lui dire que je ne supporte pas de voir Till enlacer une femme.

« Paul : J'comprends ouais. Mais j'pense que t'aimes trop la vie pour t'abandonner à la frustration, hein ? » Je lui souris. Super. J'aime trop ma vie. Génial. Je suis une preuve vivante de l'Absurdité, oui !

J'attrape ma guitare, rangée dans sa housse, pendant que Paul prend le léger bagage posé à côté. Je vais refaire ma vie à partir de presque rien. Et je sais qu'il va me falloir rembourser petit à petit les frais de mon sevrage. Peut-être que je ferai bien de respecter l'engagement que j'ai donné à Rammstein, il faut que j'accepte cet emploi. J'ai vraiment pas le choix. Et puis, au fond, je ne pouvais pas rêver mieux. Je ne pouvais pas rêver pire, non plus.

Le chemin vers la voiture se fait en silence. Je suis un peu triste de faire croire à Paul que cet endroit tout blanc va me manquer, c'est un piètre mensonge. Au pire, je lui dirai plus tard que je lui suis infiniment reconnaissante. Je lui dirai quand j'irai mieux. Pour le moment, j'ai l'impression d'être le jouet des événements, le pantin du destin.

Richard et Doom sont déjà dans la voiture, les autres sont déjà repartis. Paul met rapidement mes quelques affaires dans le coffre de la Volkswagen. Complètement gelée, je suis bien contente de trouver la chaleur en entrant dans la voiture. Je me colle contre le bras de Richard en claquant des dents. Je ferme les yeux, essayant d'oublier le visage de Till. Je somnole, me laisse bercer par le ronronnement du moteur, tandis que les trois mecs parlent de leurs projets. Le parfum épicé de Richard m'apaise, mon visage est encore enveloppé dans son écharpe.

Arrivés en ville, Paul, au volant, me tire de ma somnolence en me demandant où j'habite. Je lui indique l'adresse d'une voix monotone. On arrive devant le vieil immeuble en l'espace de quelques minutes.
J'écarquille les yeux...

« Moi : Rien n'a changé par ici, c'est toujours aussi sinistre !

Doom : Je l'avoue... Ca respire la misère dans ce coin de la ville, dis moi !

Moi : J'ai l'impression que c'est pire qu'avant... Je ne me rappelle pas d'avoir réalisé combien ce vieux bâtiment a l'air en ruines. »

Au rez-de-chaussée, je m'aperçois qu'il y a eu un changement de concierge. Le vieux monsieur qui la remplace m'explique que l'ancienne gardienne d'immeuble a pris sa retraite.

« Le concierge : Votre nom s'il vous plaît,

Moi : Kay Morgenstern, j'habite au deuxième étage, dans le petit studio au numéro 8.

Le concierge : Kay Morgenstern ? C'est vous qui avez quitté votre logement il y a un an ? Je suis vraiment désolé mademoiselle, il y a un papier ici qui stipule que votre logement vous a été retiré, pour cause de loyers non payés... Le studio est habité par une vieille dame maintenant.

Moi : Comm... Comment ? Mais... mais... Et mes affaires ?

Le concierge : Oh ne vous inquiétez pas, elles sont toutes entreposées dans la cave depuis des mois, personne n'y a touché, c'est moi qui garde les clefs. Les voilà, et je vous souhaite bonne chance pour trouver une nouvelle habitation. Sincèrement désolé. »

Je suis encore sous le choc de la nouvelle... Je n'ai plus de logement. Je suis à la rue.

On quitte le rez-de-chaussée pour descendre à la cave du bâtiment. Apparemment, je ne suis pas la seule à être sonnée par la nouvelle...

« Paul : Merde... Merde !

Richard : Putain, mais t'as nulle part où habiter ! Je ne vois qu'une seule solution, tu vas emménager avec nous,

Moi : Ah non ! Je ne peux pas accepter,

Doom : Attends, regarde la réalité, tu te retrouves à la rue avec un lit mangé par les mites et un frigo qui ne fonctionne plus...Tu vas pas aller loin avec ça, ma grande. »

J'observe ce qu'il me reste de mes meubles. Enfin, si on peut toujours appeler ça des « meubles » : ils sont recouverts d'une épaisse couche de poussière, c'est à se demander comment ils tiennent encore debout.

L'unique ampoule de la cave éclaire faiblement un tas d'objets recouvert d'un drap, dans un coin. Je reconnais cette forme... Les trois autres restent en arrière pour inspecter l'état des vieilleries qui trainent, tandis que je m'approche du drap et le retire doucement, fermant à moitié mes yeux pour me protéger des poussières qui s'envolent. Je découvre toutes mes toiles, abandonnées ici depuis de longs mois. L'humidité de la cave les a un peu endommagées, la couleur est terne et la peinture s'effrite à moitié. Sauf la dernière.

Je reconnais la toile rouge et noire. Je l'inspecte, celle-ci est dans un assez bon état. Je penche la tête et regarde le couple enlacé qui m'avait autrefois fait rêver, et qui m'avait agacé, aussi. Je sens un souffle derrière moi ; Richard me regarde.

« Richard : C'est plutôt joli, c'est toi qui a peint ça ?

Moi : Oui, quelques temps avant que vous ne me sauviez, en fait.

Richard : C'est très beau. Pourquoi tu as peint ça ?

Moi : Je ne sais pas vraiment, ce n'est pas dans mes habitudes d'être une romantique...

Richard : Peut-être que tu l'es plus que tu ne le crois ? »

Je souris. Si seulement il avait raison. Si j'étais une romantique, peut-être que je ressemblerais à la fille de cette toile. Une fille aimée. Peut-être que je ne suis simplement pas programmée pour avoir droit à l'amour réciproque.




A bientôt pour la suite...
30 cOMs avant le prochain chapitre ?

# Posté le jeudi 18 septembre 2008 08:26

Modifié le jeudi 18 septembre 2008 17:01

CHAPiTRe 13 : La CAs'

CHAPiTRe 13 : La CAs'


« Paul : On a réfléchi, et depuis quelques temps on avait l'intention de s'installer définitivement à Berlin avec le groupe. On a repéré, il y a quelques mois, une ancienne caserne de pompiers désaffectée. Mais elle est encore en bon état, on va s'y installer.

Richard : C'est l'espace parfait pour nous. Plusieurs chambres, douches, local de sport, cuisine, salle où l'on pourra répéter... On n'a plus qu'à s'arranger avec la municipalité pour qu'ils nous remettent du courant et de l'eau. iL n'y a même pas de travaux à faire, juste les déménagements.

Doom : Prends les affaires que tu veux garder, même si la majorité des choses ici ne servent plus à grand-chose. Tu viens avec nous, et on rejoint les autres, ils sont directement allés à la caserne. »

Je m'empare de la toile avec le couple amoureux, que j'enveloppe dans le drap délavé. Je prends quelques bricoles : des vieilles photos de famille, un vieux réveil à valeur sentimentale (celui que ma grand-mère m'a légué)... Tout le reste est fichu : mon armoire est bancale, les rares fringues à l'intérieur sont bouffées par les mites...

« Moi : Je crois que c'est tout. Je vous remercie énormément, sans vous je serais sdf à l'heure qu'il est.

Paul : On peut pas te laisser sans moyen comme ça, voyons, et ça me fait plaisir,

Doom et Richard : Pareil pour nous.

Moi : Vous n'étiez pas obligés de m'aider. Je jure qu'un jour je vous le rendrai,

Paul : Okay, aide nous à ne pas nous brûler les doigts pendant nos concerts enflammés ! » Rires.

Sur la route, on parle de nos plans pour les jours avenirs. Pour les premières nuits à la caserne, ça va être un peu freestyle ... On devra se contenter de matelas, en attendant que les membres de Rammstein déménagent leurs affaires (ce sera un peu plus complexe pour un ou deux d'entre eux qui ne vivent même pas à Berlin à l'heure actuelle). Il faudra faire tous ces aménagements rapidement, histoire de se mettre vite au travail. Le groupe doit pondre un album, et réfléchir à une nouvelle tournée. Mon travail consiste à inventer des effets pyrotechniques et à les réaliser (tout ce que j'aime !), et j'ai déjà quelques idées.

iL est 20Hoo passé, Paul nous amène jusqu'à la caserne, pas très loin du centre-ville, dans un quartier tranquille. On lui a trouvé un diminutif : La Cas'. L'ambiance ultra-positive qui s'est installée dans la petite auto m'a apaisée. Je me sens exister, je me sens appréciée aux yeux de mes amis, et bientôt je me sentirai tout à fait utile. Je déconne avec Paul, Richard et Doom, on s'entend parfaitement bien, comme des frères et s½ur. Cette atmosphère est ma nouvelle thérapie pour lutter contre ma tristesse, celle que je vais devoir affronter d'ici quelques minutes quand nous serons à La Caz'.

Mais je veux être forte, je ne veux pas continuer à être cette pauvre petite chose de l'hôpital, la petite chose qui pleurait sur son sort, en voyant son Roméo s'en aller. Merde. J'ai 26 piges, je dois me construire, et pas me détruire. Je braque mon esprit, je me prépare à ne rien ressentir de mauvais en moi lorsque je verrai le couple. Je dessine un énorme sourire sur mes lèvres lorsqu'on sort de la voiture. Au fond, je suis censée être heureuse. J'ai des potes, un logement, un métier, et Till est heureux, manifestement. C'est tout ce qui compte.

« Flake : Ah ! Vous voilà !

Olly : Génial ! Je me demandais justement si vous aussi auriez l'idée d'inviter Kay !

Moi : Tu y as pensé toi aussi ?

Olly : En fait c'est Till qui l'a proposé en premier. »

Mon sourire redouble d'intensité, mon c½ur s'emballe un peu. Till a pensé à moi...

« Flake : iL ne devrait pas tarder à rentrée. iL est parti avec Ielena, acheter de la bouffe et rapporter quelques affaires pour dormir.

Paul : Ca serait cool qu'il rentre vite... Je commence à crever la dalle »

Olly attrape un paquet de chips et lui lance. Paul sourit comme un gosse. J'amasse mes affaires vers les escaliers, à côté des valises des autres. iLs doivent être crevés, à peine rentrée de leur première tournée. J'entends Richard nous appeler, au loin.

« Richard : Hey les gars ! Venez voir ! »
On passe une grande porte un peu rouillée, pour atterrir dans une espèce de grand hangar.

« Doom : Wowh ! C'est immense !

Paul : C'est super ! Kay, je pense que cet endroit est parfait pour ton atelier mécanique, t'as assez de place pour faire des essais pyrotechniques !

Moi : C'est génial... Je ne pouvais pas rêver mieux ! »

Je me place au centre du gigantesque garage et me mets à tourner sur moi-même, tout sourire, les yeux en l'air pour contempler le plafond haut. On est sûrement là où étaient garés les camions-citernes.

« Flake : Regardez ! iL y a encore un vieux camion entreposé derrière cette grille,

Doom : ...Inutilisable, il lui manque toutes ces roues ... »

J'entre la première à l'arrière du vieux camion de pompier qui commence à subir les dégâts du temps. L'intérieur est vide, mais très grand... Et je remarque les nombreux crochets sur les parois.

« Moi : Si ça ne dérange personne... Je vois à quoi pourrait servir cette vieille carcasse de camion,

Richard : Raconte-nous !

Moi : Je crois que je vais m'en servir comme atelier de peinture... Je pourrai suspendre mes toiles à ces crochets, là,

Richard : Mmmh c'est une bonne idée oui !

Paul : Okay, ça sera ton camion, ma puce ! »

Je bouillonne de joie. Ce lieu vaut bien mieux que mon ancien studio délabré. Je redescends de mon camion et saute dans les bras de mes potes. On visite ensemble les différentes pièces de La Cas'. iL y a assez de chambres pour tout un régiment, on décide de squatter le premier couloir du premier étage. On redescend dans la cuisine, elle-même immense, qui nous servira aussi de salle à manger.

« Moi : Le réfectoire est bien trop grand pour un groupe de huit, vous ne trouvez pas ?

Olly : Oui je suis d'accord, la cuisine nous suffira amplement. Mais pourquoi « huit » ?

Moi : Beh, toi, Paul, Doom, Richard, Flake, Till, moi et Ielena... Ca fait huit.

Olly : Oh ! Non, on ne sera que sept. Ielena n'emménage pas ici, elle garde son appart' en plein centre de Berlin.

Moi : Ah, d'accord. »

Je devrais peut-être me sentir triste pour Till, son amante ne vivra pas ici. Non en fait, je mens, je ne suis pas prête de me sentir triste, au contraire, je rayonne intérieurement. Moins je verrai Ielena, mieux je me porterai. Même si je suppose qu'elle passera le plus clair de son temps ici, aux cotés de Till. A moins que ce ne soit lui qui déserte La Cas' pour la retrouver chez elle...Bon, Kay, arrête d'anticiper. Tu es libre. Entièrement libre. Ne te laisse pas emprisonner par un homme, qui, de surcroît, ne veut pas de toi.



Ces chapitres sont un peu chiants, mais bon,
j'aime bien ne pas me précipiter... Prendre mon temps =)
j'ai changé la couleur de mon texte, maintenant il est gris clair
(je trouvais que blanc lumineux sur noir, ça piquait un peu les yeux)

si jamais t'as rien à faire, mon blog perso

# Posté le jeudi 18 septembre 2008 09:19

Modifié le samedi 20 septembre 2008 09:23

CHAPiTRe 14 : Pendaison de crémaillère

CHAPiTRe 14 : Pendaison de crémaillère


[Liberté... ]

Jamais je ne me suis sentie aussi libre et enfermée à la fois. Que vaut la liberté ? Dois-je accepter de vivre « libre » mais constamment exposée à la douleur ? Ou plutôt m'enfermer physiquement et m'éloigner de la souffrance, retourner dans un internat pour les drogués ou les fous ? Est-ce que je mérite la liberté, alors que je suis déjà en train de m'en plaindre ? Cette nouvelle vie que Rammstein m'offre n'est-elle pas un cadeau empoisonné ? Pourquoi Till s'est isolé toute la soirée avec Ielena... Je l'effraie ?

Ca, ce sont les questions que je me pose, là, allongée sur un matelas de fortune, une grande couverture étendue sur moi, tandis que je fixe le plafond. Je ne trouve pas le sommeil, je pense à l'état des choses.

Bien sûr que cette journée était superbe. Bien sûr que j'adore ces types, je sais qu'ils tiennent à moi autant que je tiens à eux, je sais qu'ils me croient heureuse. J'ai enfin tout. Tout, de l'amitié à la chaleur, d'une « maison » sortie d'un rêve au job le plus merveilleux du monde. Mais j'oublie un facteur important à cette petite équation du bonheur, qui ne pouvait pas être aussi simple. J'oublie de mentionner Till. Et, optionnellement, cette déesse blonde qui le possède. Pourquoi est-ce que tout doit être aussi compliqué ?

Je ne veux pas être jalouse. Ni blasée, ni agressive, ni même amoureuse. Ca ne me ressemble pas, et ça me rendrait triste de me conduire comme ça. Je ne veux pas être une gamine envieuse, je veux être parfaite : la plus belle femme, la plus pertinente, la meilleure amie qu'on puisse rêver d'avoir, la meilleure pyrotechnicienne qu'un groupe rêverait d'engager. Le pire, c'est que je sais d'où vient cette motivation malsaine, cette envie dévastatrice de tendre vers la perfection. Je crois que je veux plaire à Till, je veux qu'il me voie, moi, pas Elle. Mais je ne veux pas être comme ça.

C'est juste un putain de cercle vicieux. iL y a toujours ces deux parts de mon Moi qui s'affrontent : la femme libre et révoltée, et l'enfant amoureuse et damnée.

Till et Ielena étaient rentrés un peu tard. Leur coffre était plein : couverture, oreillers, serviettes de bain, etc, et de quoi faire un bon repas. Je le sais bien, je m'étais concentrée à regarder le contenu de la voiture et pas son propriétaire. Mais il a bien fallu qu'il croise mon regard, et me souhaite un « bienvenue » que j'ai senti faux, ou peu convaincant. J'avais hoché la tête, mais je n'avais pas compris. Je comprends toujours pas, en fait. Ma dernière théorie est celle-ci : il pense que je vais être un boulet au sein du groupe, peut-être même une incompétente (soyons honnêtes : je suis une ex-toxico, c'est pas glorieux). iL regrette de m'avoir invitée à La Cas'. iL pense peut-être même à Ielena, qui pourrait ne pas aimer l'idée qu'une autre femme vive près de son homme. Enfin, Ielena a pas grand-chose à craindre, je ne suis rien à coté d'elle. Ca reste une théorie très rationnelle, je crois.

Ensuite, je suis vite rentrée dans le hall de La Cas', j'avais pas vraiment l'intention de stationner trop longtemps à coté de Lui. Je me méfie toujours, je ne veux pas trahir mon tourment. Et je me sentais toute petite à coté d'Ielena. Inférieure, en fait. C'est dommage, dans d'autres circonstances, peut-être que je l'aurais appréciée, mais là malgré tous ses efforts pour se montrer agréable, et malgré tous mes efforts pour lui sourire, je la hais. Je ne peux même pas dire ce qu'a fait Till, je ne voulais pas voir. J'ai attrapé deux ou trois paquets de spaghetti, j'ai commencé à préparer le dîner. On a eu de la chance qu'Emu ait fait pression sur la mairie pour que les services d'eau et d'électricité nous remettent le courant. Flake et Olly s'activaient autour de moi à ranger la nourriture dans la cuisine. Richard continuait à passer le balai, Paul aménageait les chambres, Doom était au téléphone.

Le dîner n'a pas été aussi difficile que je l'aurais imaginé. Je me suis concentrée, je souriais, je parlais, je ne le regardais pas. Je me suis même montrée sympathique avec Ielena. J'ai joué à la fille ultra-comblée, j'espère que je n'ai pas fait trop de fausses notes. Je me suis concentrée sur les amis qui m'acceptaient, j'ai dégusté ces pseudos-moments de bonheur, où j'ai tenté d'oublier un peu mon chagrin, lutté pour ne montrer que de la plénitude.

Finalement, on a fêté cette pendaison de crémaillère avec un ou deux verres de vodka. Y'a pas à dire, après ces deux verres, j'ai commencé à oublier mes malheurs de petite enfant gâtée. Mieux encore, Till s'est vite éclipsée avec sa blonde. Je me rappelle qu'à ce moment là, ça ne me faisait absolument pas de peine, alors que je savais très bien ce qu'ils avaient l'intention de faire en montant au premier étage. En fait, je me sentais plutôt ravie de ne pas les croiser. Paul et Richard ont sorti leurs guitares, on a improvisé un petit b½uf entre nous, ponctué de rires. Les deux guitaristes étaient fiers de mes progrès à la gratte, j'ai reçu pas mal de compliments.

Finalement, on a commencé à avoir mal à la tête. Faut dire que certains ne se sont pas arrêtés à deux verres de vodka...Après s'être câlinés comme des abrutis à moitié torchés, on a tous atterris dans nos chambres. Et me voilà, à ressasser cette soirée tristement belle. Je crois que je vais prendre une résolution : être heureuse, profiter de cette chance qu'on m'offre. Maintenant, j'attends que la fatigue s'empare de moi.


Une semaine plus tard –fin janvier 1995-

Je me réveille. Ca y est, ça fait sept jours que je suis ici. J'ai appliqué ma super résolution pendant toute une semaine. No hope = no pain. Je suis pas très convaincue d'être honnête avec moi, mais au moins, je fais bonne figure auprès des autres. iL y en a un, par contre, qui n'a pas changé d'attitude. Till est définitivement aussi distant que possible.

J'enfile une robe et mes rangers. Paul m'a prêté un peu de fric histoire que je me rhabille un peu, mes bottes de pluie étaient quasi-mortes. iL a perdu quelques centaines de marks en une journée de shopping, mais il est ravi de mon look. iL est ravi que je sois là, en fait.

« Paul : Hey ! Bonjour ma Keuponne préférée, bien dormi ?

Moi : Nickel, (rapide coup d'½il sur ma montre) heu j'ai peut-être trop bien dormi, d'ailleurs

Paul : Rho c'est bon, il n'est que neuf heures du mat', on n'est pas non plus à l'armée

Moi : Non, on est chez les pompiers...

Paul : Et dis donc, t'es super drôle dès le matin toi !

Moi : Je suis super drôle à toute heure de la journée, gros malin ! Où sont les autres ?

Paul : Quoi, je te suffis pas ? Doom est dans la cuisine avec Flake et Olly, Richard et Till dorment encore... D'ailleurs si tu pouvais aller les réveiller, on attend Emu dans un peu moins d'une heure.

Moi : ...Pourquoi tu n'y vas pas toi-même ?

Paul : Pourquoi tu poses trop de questions ?

Moi : Okay j'y vais, t'as gagné. »




Quelques commentaires avant la suite ? =)


# Posté le vendredi 03 octobre 2008 16:05

Modifié le samedi 04 octobre 2008 03:27