CHAPiTRe 15 : Reveille-toi.

CHAPiTRe 15 : Reveille-toi.


Mouais. Aller réveiller Richard m'importe peu, il suffit que je lui arrache sa couverture en criant « Ichh wiiiill fickeeeeen !! ». Mais réveiller Till... Ca veut dire poser un pas dans sa chambre, lieu où je ne suis jamais allée. En une semaine, on ne s'est quasiment rien dit à part « bonjour » et « bien dormi ? » ou « Doom t'appelle » etc. L'idée de l'approcher dans ce genre de situation ne m'enchante guère.

« Richard : Mmmmmh laisse moi dormir, touche pas aux volets...

Moi : Mais on est dans le noir complet ! Bon okay, j'touche pas aux volets. Et tu peux pas dormir plus longtemps, Emu arrive dans quelques dizaines de minutes, au fait tu peux réveiller Till ?

Richard : Va le faire, t'es debout.

Moi : T'es à quelques pas de sa chambre, et j'ai des choses à faire,

Richard : Exactement comme moi. C'est quoi ton problème ?

Moi : Mon problème ? Quel problème ?

Richard : Ton problème avec Till, andouille.

Moi : J'vois pas de problème, t'es drôle toi !

Richard : Bon assis toi là et raconte moi. »

Je doute. Est-ce qu'il est vraiment nécessaire que je lui en parle ? Est-ce vraiment nécessaire de lui cacher la vérité ? Après tout, je pouvais avoir confiance en lui, c'est un type bien. Peut-être que j'ai besoin de parler, aussi. J'en ai marre de garder tout ça pour moi. Enfin, je me décide à lui parler un peu, mais à ne pas tout dire non plus. Je cherche à tâtons une place sur le lit de mon confident.

« Moi : je sais pas, je suis pas sûre qu'il soit content de me voir ici. Je crois que je le dérange. Ou plutôt, je crois que ça ne le dérangerait pas si je décampais. On se parle jamais. En fait, on se parle plus.

Richard : J'ai remarqué qu'il y avait un genre de malaise entre vous, mais dissimulé. Peut-être que Till est préoccupé en ce moment. Enfin, 'faut pas que ça te mine le moral.

Moi : Ouais, t'as raison. Au fait, il reste des crêpes en bas.

Richard : 'Fallait me le dire plus tôt, je me serais levé tout de suite ! »

Okay. J'ai réussi à pas déballer (tout) mon sac à Richard. Je crois qu'il a compris que je veux pas m'eterniser sur ce sujet. C'est sûrement pas le moment pour ça, tout ça est trop récent. Mais pour le moment, je suis encore condamnée à ma mission titanesque. Je me plante devant la porte de Till et respire un grand coup. Après quelques secondes, je tape trois coups brefs sur la porte, attends une réponse. Bien sûr, comme j'ai énormément de chance, ça ne suffit pas pour le tirer de son sommeil. Bon, vas-y, il va pas te bouffer non plus. J'entrouvre délicatement la porte et chuchote un « Till, réveille-toi ». Aucune réaction. « 'Fait chier... »

Je glisse un pied dans l'ouverture et m'engouffre dans la chambre très sombre. Je distingue à peu près la silhouette aux proportions alléchantes. Qu'est-ce qu'il est sexy quand il dort... Sa poitrine se soulève et s'affaisse lentement. Ses cheveux tombent devant ses yeux clos, sa main pend gracieusement hors du lit. Un véritable apollon. Je contemple ce que je n'aurai jamais, et malgré moi, la douleur renait. Elle me tiraille, m'arrache quelques larmes silencieuses qui coulent sur mes joues. Je me fiche d'avoir l'air pitoyable, plantée au milieu d'une chambre, je regarde le type que j'aime et dont je n'ai pas croisé le regard depuis bien longtemps.

Aimantée, je m'approche doucement vers lui. Je n'ai pas l'intention de le réveiller, je voudrais le voir dormir pendant des heures, encore. Je m'agenouille à hauteur de son visage, je sens son souffle sur ma peau. Je rapproche encore un peu mon visage du sien, posé sur le coté, et j'incline la tête à sa manière. Je savoure ce moment, à mi-chemin entre l'excitation et l'apaisement.

Je ne sens pas que son souffle se fait plus rapide. Till ouvre ses yeux lentement, j'y sombre immédiatement. Ce regard veut tout dire et rien dire. A ce moment, plus rien n'a d'importance. Je suis en dehors du temps et de l'espace, noyée dans le velours de ses iris. Je sens mes larmes tièdes courir sur mon visage et chuter sur son bras. Ses traits deviennent graves tandis que je sens sa main chaude se poser doucement sur ma joue. Ses doigts m'effleurent et me brûlent.

Lui : « Je suis désolé. »

Je n'ai rien à lui répondre, je ne trouve plus ma voix. Till ne me laisse pas le temps de réagir, il se redresse. Je ne supporte plus de rester une seconde de plus ici, et quitte la chambre. Déboussolée. Le regard dans le vide, je me dirige vers mon endroit. Mon camion-citerne abandonné dans le grand garage.

A peine entrée, je referme tout de suite les grandes portières de l'arrière. Je suis maintenant isolée dans quelques mètres carrés, et je me sens enfin en sécurité. Par reflexe, j'attrape une toile vierge et peins ce que voient les yeux d'un ange déchu.

Ca fait maintenant quelques heures que je suis cloîtrée dans mon camion, respirant les vapeurs de peinture. J'ai aucune envie de sortir, je peux tenir des heures encore, avec quelques biscuits à portée de main. Je suis plongée dans les couleurs et les formes, je ne pense plus qu'à ça, j'offre un peu de répit à mon c½ur.
iL n'empêche que je suis bouleversée, et je le sais. Je me sens ridicule d'avoir pleuré comme une gamine, je me sens incomprise, perdue, effrayée par le moment où il faudra bien le recroiser au coin d'un couloir de La Cas', et par-dessus tout, triste. Seul point positif : il n'y avait pas plus clair, pour lui faire comprendre très clairement ce que je pense de la situation, qu'un regard lourd de signification. Au moins la glace est brisée. « Vas-y, cherche toi des excuses pour ce que tu as fait Kay ! ».

C'était sûrement pas la meilleure chose à faire. Je me demande s'il se montrera encore plus distant qu'auparavant, après ce matin. Encore faut-il que ce soit possible.

Quelques coups sur la portière à l'arrière du camion interrompent le fil de mes pensées. Je sursaute, l'angoisse reprend. J'espère intérieurement qu'il ne s'agit pas de Lui et prend un air le plus naturel possible en entrebâillant la grande portière du camion.

« Richard : Ah bah te voilà ! J'ai cru que tu t'étais taillée,

Moi : Non, je ferai jamais ça, tu veux rentrer ?

Richard : J'veux bien. Wowh ! t'as peint ça quand ?

Moi : Je l'ai finie il y a une demi-heure. Ca te plaît ?

Richard : Je sais pas, ça me fait peur, c'est très torturé. Ca me ressemble un peu,

Moi : C'est la meilleure réponse qu'on puisse me donner. Ca me ressemble aussi, malgré moi. »

On se retourne tous les deux vers la grande toile. La femme qui est dessus est bouleversante. Moi, je suis calme, ça fait toute la différence. Après reflexion, je ne veux pas être cette femme toute grise. J'attrape les épaules de mon ami.

« Moi : Ca te dit qu'on descende prendre un café en bas ?

Richard : Ca marche. Au fait, tu veux des nouvelles ? Emu a enfin la date de notre entrée en studio, on commence l'enregistrement en mars.

Moi : Génial ! Demain je te montre mes premiers projets de pyrotech', ça risque de te plaire. »



Merci beaucoup pour vos nombreux commentaires !
c'est adorable <3
Un petit clin d'oeil à Geschichtetraum qui a posté le 5OOè com (oyeah =D)
Et un autre clin d'oeil à In-my-Tears qui m'a poussé à aller écouter Godsmack, résultat: j'adore ce groupe.
Merci à tout le monde, en fait <3
précision: cette peinture n'est pas de moi, je l'ai trouvé ici =)

# Posté le samedi 04 octobre 2008 08:26

Modifié le samedi 04 octobre 2008 11:21

CHAPiTRe 16 : SToNe.

CHAPiTRe 16 : SToNe.
Je suis étrangement stone.

Richard marche devant moi, je le suis, en direction de la cuisine. Peindre m'a vidée de la noirceur de mes idées, et m'a arraché la moitié de mon énergie, comme d'hab'. C'est comme être bourré sans avoir mal à la tête, c'est bon. En quelques heures, j'ai pris le recul que certains mettent des jours et des jours à prendre. Et c'est bon, c'est bon de se sentir vide, des fois.

iLs sont déjà deux à attendre du café. Paul et Olly contemplent la cafetière et les petites gouttes de café brûlant qui tombent dans le récipient. Ca me fait sourire,

« Moi : Tiens, d'autres caféino-dépendants !

Richard : Il va falloir penser à former un club d'addict' au café, ou au moins écrire une chanson en son honneur,

Paul : 'Vous foutez pas d'notre gueule, vous êtes aussi victimes que nous, voire pires !

Moi : Là j'peux pas te contredire... »

Flake nous rejoint, on a tous sacrifié quelques millilitres du précieux breuvage pour remplir sa tasse. J'me demande si l'Etat nous accorderait une aide financière pour payer nos trois cafés quotidiens à chacun...
Okay, j'avoue que le café n'est pas la seule source de réflexion dans mon esprit... Je m'attendais à croiser Till d'un moment à l'autre, non. Jusqu'au soir, il est resté enfermé dans une des petites pièces où il a l'habitude d'écrire, où personne ne le dérange. On dirait que je l'inspire.

J'ai aussi noté que personne en dehors de Till et moi n'avait l'air au courant de ce qu'il s'était passé dans sa chambre le matin même. Ca me rassure, parce qu'au fond, j'aimerai bien oublier cette histoire, et que personne ne m'en parle. Juste faire comme si rien ne s'était passé, parce que c'est... gênant. Et moins je croiserai Till, mieux je me porterai.

Ce soir, j'ai vite dîné et prétexté une petite migraine pour aller me coucher tôt. Ca fait au moins une demi-heure que je suis sous la douche, l'eau brûlante me calme et dénoue la tension que j'ai accumulée aujourd'hui. Je sais qu'en tant que fille bien, je devrais aller m'excuser auprès de Till, ou alors parler à Richard ou n'importe qui. Mais je suis trop orgueilleuse pour ça, je tiens à l'image de femme forte que j'ai de moi. C'est peut-être égoïste, mais forger ma carapace, c'est vital pour moi.


le lendemain

Heu... ça m'aurait arrangé de me réveiller en constatant que la journée d'hier n'était qu'un mauvais rêve, beh c'est loupé. C'est pas grave, « sois forte, Kay »... « même si t'es dans la merde ». Oui parce que j'peux pas le nier, cette situation n'est pas vraiment l'idéale. Rapide coup d'½il dans le miroir... Aïe, bonjour le regard de morue dépitée. « Mais motive toi bon sang ! ». Okay, rapide douche glacée, j'enfile une robe fluide, mes Doc'Martens, me dessine des yeux de biche au khôl noir et détache mes cheveux ondulés. Ma grand-mère me disait toujours qu' « une femme qui prend soin de sa beauté, prend soin de son moral ». C'est l'heure de vérifier cette propriété !

Je descends tout sourire jusqu'au hall de La Cas' qui sert de salon improvisé. Doom est déjà là, Paul à côté, sirotant son café. Richard joue de la gratte en face de Flake et Olly en pleine discussion. Devinez qui n'est pas présent.

On dirait que je fais autant de bruit qu'un troupeau de vaches obèses, les cinq paires d'yeux se tournent vers moi dans une admirable synchronisation. J'affiche un air de satisfaction aigüe, un gros dossier de feuilles dans les bras.

« Paul : Heey ! J'savais pas qu'on habitait avec une reproduction de Vénus en chair et en os !

Richard : Paul, je plussois !


Doom : Notre muse de la musique...
Paul : On a quand même de la chance que l'unique jeune femme de La Cas' soit aussi mignonne hein...

Moi : Roh c'est juste un tout p'tit effort que j'ai fait aujourd'hui, en l'honneur de ce que je vais vous présenter !

Olly : Un défilé de sous-vêtements ??

Moi : Non, enfin pas aujourd'hui du moins, espèce de petit obsédé... Vous n'avez pas envie de savoir comment vous allez faire péter le feu pendant vos concerts ? »

Ca y est, les têtes de pervers se transforment en tête de gosses qui attendent leurs jouets de Noël. J'ouvre le dossier sur la petite table de salon, les cinq gars se précipitent autour de moi. Je détaille les projets que j'ai approfondis sous formes de schémas, de montages, d'illustrations, du projet le plus banale au plus fou, comme cette idée de guitare enflammée... Une heure plus tard, après avoir beaucoup discuté de la pyrotechnie, on appelle Emu pour lui faire part de nos ambitions. Il va se charger de me filer des numéros pour que je puisse acheter les pièces nécessaires à la fabrication de mes effets. 'Va y avoir beaucoup de boulot, mais les gars sont tellement heureux que je suis motivée à bloc.

Dans l'après-midi, on a continué à parler des concerts à venir, d'idées folles de pyrotechnie, et les guitaristes m'ont fait une petite démo de « Asche zu Asche » et d'autres morceaux. Ils sont comme moi finalement : ils vivent un conte de fée. Enfin, « conte de fée » c'est un peu trop niais comme expression. Eux, ils diraient plutôt qu'ils « prennent leur pied »

Encore une fois, je me suis vite réfugiée dans ma chambre vers 19h. J'ai écouté ma cassette d'AC/DC volée à Flake et me suis endormie. C'était une journée plutôt... agréable.


deux semaines plus tard, mi-février 1995

Je sais très bien que je fais l'autruche, mais j'ai pas l'audace de m'en plaindre. Je croise presque jamais Till et je m'applique justement à ne pas le croiser. Suffit que je mange en vitesse, que je reste souvent dans mon camion-citerne à bricoler, que je me couche tôt. C'est d'autant plus facile que lui de son côté, il reste souvent cloitré dans son « bureau d'écriture » et personne le dérange. D'ailleurs, Ielena ne passe plus à la Cas' comme elle en avait l'habitude, sûrement à la demande de son cher et tendre.

Moi j'ai de plus en plus de mal à me mentir, j'ai beau « sourire à la vie », il y a un truc qui me manque terriblement. Till... Je me résigne à l'idée qu'un jour on puisse juste se regarder de nouveau, et ça me fait mal.
Aujourd'hui, comme tous les matins, je m'apprête et soigne ma féminité. J'arrive à me trouver jolie sans me trouver superficielle pour autant. Peut-être que cet élan de coquetterie est du au fait d'être entourée d'hommes. Je descends dans le salon et ne trouve que Doom assis sur le canapé.

« Moi : Bien le bonjour l'ami

Doom : Yep', du café ?

Moi : Bien sûr ! T'as pas l'air réveillé toi...

Doom : Si si, c'est juste que ça me fait bizarre, enfin, pour Till, quoi. Je sais pas s'il va bien.

Moi : ... Excuse-moi l'ami, mais j'suis pas sûre de comprendre... » Là je sens mes joues devenir pourpres, je commence à paniquer... Est-ce que Till a parlé de l'incident d'il y a deux semaines... ?

« Doom : Tu t'es jamais demandée pourquoi Ielena ne venait plus à La Cas', ni pourquoi Till s'enfermait toute la journée ?

Moi : ... Parce que il écrivait et voulait être seul...

Doom : Non, Till a rompu. Je l'ai jamais vu aussi accablé à cause d'une gonzesse.”





Désolée d'avoir mis si longtemps à écrire la suite ^^
Mais ça y est jsuis en vacances ! =D
Alors qu'en pensez-vous ?
à bientôt...

# Posté le samedi 25 octobre 2008 15:16

Modifié le dimanche 26 octobre 2008 12:31

CHAPiTRe 17 : TENsiONS .

CHAPiTRe 17 : TENsiONS .
“Till a rompu... Till a rompu...”

Ces mots résonnent dans ma tête et me donnent le tournis, un délicieux tournis. Je sais, je suis dégueulasse de me réjouir de cette nouvelle, mais c'est plus fort que moi. A l'heure qu'il est, il est sûrement malade de tristesse, et moi je m'en satisfais. Je détourne la tête vers ma tasse de café, je suis à peu près sûre que mon expression ne convient pas à cette situation « tragique ». Doom fait une gueule de trois mètres de long tandis que moi, je me force à ne pas afficher ce sourire sadique qui me démange. Une lueur d'espoir renait en moi, avec toutes les complications que ça implique.

« Moi : J'te laisse, j'ai du boulot »

Direction mon camion rouillé. Je m'enferme dedans, je m'enferme dans ma tête, j'ai des tas de questions qui me rongent... C'est peut-être bien de ma faute si Till a quitté Ielena, mais est-ce que j'en suis heureuse ? Si jamais je l'ai fait souffrir, je me sentirais coupable. Peut-être que Ielena ne lui faisait pas confiance parce que je dors à quelques pas de sa chambre, peut-être que je suis l'origine d'un conflit. Bon sang pourquoi est-ce que j'ai le don de compliquer la vie des autres en plus de compliquer ma propre vie ??

Toute La Cas' va déprimer, les mecs sont tellement liés que si l'un va mal, les autres le ressentent et se noient de la même manière. Ca risque de durer des jours, et c'est de ma faute. Si je n'étais pas là, les choses seraient bien plus faciles. Je vais être lâche, pour changer, et me faire toute petite, personne ne doit voir que même dans ces circonstances, je pense à mon intérêt personnel : enfin être aux côtés de Till. Oui je sais, c'est ridicule de garder ce genre de rêve, je suis intimement persuadée que ceci est et restera un inavouable Idéal. En plus d'être une pourriture, je suis une gamine immature. On dirait que je n'ai pas conscience de la vie réelle, et qu'il n'y a pas que mon unique bonheur qui s'y joue.

Je jette un coup d'½il au bricolage que je suis censée faire, mais là, le c½ur n'y est pas. J'attrape un petit carnet à la volée et commence à gribouiller dessus, assise par terre contre mon bureau de soudure. J'ai froid et je tremble.


le soir même

« Faire cuire à feu doux pendant quinze à vingt minutes blablabla ». Je suis souvent de « corvée de cuisine » à La Cas', mais faut dire que je me débrouille plutôt pas mal dans ce domaine.

« On mange du riz ou bien du riz, ce soir ? » Je me retourne vers Richard, le prie d'aller se faire voir, et l'invite à admirer la magnifique paëlla surgelée que je surveille fièrement sur le gaz.

« Richard : On aurait du t'engager comme cuisinière en plus de pyrotechnicienne...

Moi : Disons que je fais la cuisine gratuitement, et de toute façon si je ne m'en occupais pas, vous seriez capables de vous nourrir uniquement de chips et de café !

Paul : Hey, ça papote les filles ?

Richard : Tiens, mon nabot préféré ! »

Peu à peu, tout le monde s'est ramené à la cuisine. Tout le monde, sans exception.

Till arrive le dernier, avec le même air distant qu'il arborait quand on s'est revu à ma sortie de l'hôpital. Il ne dit pas grand-chose, sourit péniblement, Paul et les autres tentent de sauver le peu de bonne humeur dans La Cas'.

« Doom : C'est bon ce truc,

Flake : « Paëlla », P, A, E, deux L, A, paëlla

Doom : Non mais sans rire, c'est vraiment bon » Les autres acquiescent avec un grand sourire. Tous sauf Lui. Il se contente de fixer son assiette sans lever les yeux. Autant dire que là, il y a un petit blanc de quelques longues secondes. Till annonce la couleur : il m'en veut, ça saute aux yeux.

Ca a été comme ça pendant tout le repas et la demi-heure de digestion commune qui a suivi. Till parlait peu, et se taisait particulièrement lorsque la conversation portait sur moi (de l'état de mon chignon fantaisiste, au minuscule trou logé dans ma robe). J'ai fait pas mal d'effort pour passer outre ces marques d'inintérêt total mais ça m'a un peu piqué le c½ur, malgré tout. Tant pis, j'l'ai bien cherché.


deux semaines plus tard, début Mars 1995

Ca devient insupportable. Avant, je pouvais compter sur Paul, Richard, et les trois autres pour garantir un semblant de bonne ambiance dans notre colocation, mais Rammstein entre en studio dans quelques jours, et l'atmosphère pue le stress et l'appréhension. Le groupe est trop perfectionniste pour être satisfait, et chacun des membres remet ses qualités en question. Rajoutons à cela que Till est ouvertement froid avec moi, voire même dédaigneux. Il est encore plus enervé que les autres et sa mauvaise humeur déteint sur tous, y compris moi.

Pour être honnête, j'ai fait des efforts pour lui être agréable, lui sourire, même si je ne lui dis rien, trop de remords pour ça. Mais quand même, j'en suis amoureuse et je peux pas prendre la distance que lui met entre nous, ça me déchire. Parfois, j'aurais envie de me casser. J'ai vraiment les nerfs de ne pas pouvoir claquer des doigts pour déstresser tout le monde en une seconde. Blasée, je suis blasée de me voir si inutile, et futile à ses yeux.


une semaine plus tard

Rammstein passe son temps en studio. Parfois, je passe faire un tour, voir comment ça évolue et en profiter pour apporter des chips. Tous les membres sont ultra tendus, mis à part Flake peut-être, qui est doué d'un extraordinaire zen. Moi-même, je suis plus que jamais sur les nerfs.

« Richard : Rah mais putain, où est ce foutu paquet de clopes ?! Till !!!

Till : Ta gueule ! J'sais pas où tu l'as mis ton paquet !

Richard : Te fous pas d'ma gueule, tu me taxes des clopes à longueur de journée !

Till : Putain j'te dis que j'ai pas tes clopes ! Demande à Kay, c'est elle qui a la sale habitude de tout laisser traîner »

Ah... Tu veux jouer à ce jeu là ? ...

« Moi : Tu peux répéter ?!

Till : C'est bon ! Ferme-la ! »

Je soutiens son regard, y déverse toute ma colère, comme lui. Le silence est pesant. On s'est pas regardé dans le blanc des yeux depuis des semaines, et on rattrape ça d'une manière assez cruelle. Je le hais de me faire tant souffrir. Je sais quoi faire à présent...

« J'me barre. » Je tourne vivement le dos, jusqu'à ce qu'une main s'empare fermement de mon épaule,

« NON ! »





Pour être honnête, j'ai atteint le palier où j'avais déjà
planifié les évenements. A partir de maintenant, c'est freestyle, j'ai pas intérêt
à me planter ^^

# Posté le dimanche 26 octobre 2008 17:54

CHAPiTRe 18 : SéRéNITé .

CHAPiTRe 18 : SéRéNITé .
Est-ce que je suis censée comprendre ce qu'il se passe ? Est-ce que je suis censée dire quelque chose ? Mais même si je le voulais, je ne pourrais pas même bouger le petit doigt, je suis transie par ce que je viens d'entendre. Ce « non ! » si brusque, si apeuré, si incongru dans cette situation... Ca veut dire quoi ?

Je sais pourquoi je suis en colère. C'est parce que je ne comprends pas, je ne comprends pas son sourire, puis son indifférence, puis son « je suis désolé », puis ce mépris et enfin...Ce « non ! ». C'est si paradoxal, ça colle pas ensemble, c'est pas rationnel. Je me retourne mécaniquement vers Till et m'approche de ce grand corps immobile. Mes yeux sont plongés dans un brouillard épais, mais j'ai pas l'intention de pleurer. D'abord, je vais parler. Enfin. Richard nous laisse seuls en quittant la pièce.

« Moi : Un jour, t'auras peut-être le courage de m'expliquer ce qui ne va pas chez moi,

Till : C'est pas toi le problème. C'est moi. » Il baisse la tête et me tourne le dos. Quelques secondes s'écoulent.

« Till : Tu ne sais même pas à quel point je t'aime, à quel point tu m'animes. Depuis que je t'ai vu danser, depuis ce premier soir, tu me hantes. Et ton sourire, dans cet hôpital, et cette façon que tu avais de me regarder, ta voix, ton parfum... Mais tu comprends, je suis pas quelqu'un de bien. » Il se retourne, le regard meurtri.

« Till : Je suis désolé de te dire tout ça. Je suis désolé de ne pas être celui qu'il te faut, et je suis tellement désolé que ça te fasse mal. Regarde la vérité en face : je te fais souffrir. »

J'ai du mal à déglutir, je glisse lentement contre le mur, pose une main au sol et m'assois.

« Moi : Non, c'est pas tout à fait ça. Je souffre parce que tu l'as décidé. Si tu crois qu'il te suffit de t'éloigner de moi, de m'ignorer, pour que je t'oublie ou que je cesse de t'aimer, tu te trompes. Ce qui m'a fait si mal, c'était de ne pas comprendre ton attitude. Et maintenant que je comprends... » Je fixe ses yeux, « tu peux te taper toutes les blondes russes de la planète, tu peux me traiter de tous les noms... J'pourrais pas te haïr, t'y arriveras pas.

Till : C'est ce que je craignais. Tu es plus bornée que moi. Ecoute, crois moi, tu ne gagnerais rien à ce que l'on soit ensemble, tu souffrirais encore, mais différemment.

Moi : Et toi ? Tu gagnerais rien à être avec moi ? T'as peur, hein...

Till : Ouais j'ai peur. J'ai peur des conneries que je suis capable de faire. J'ai peur de te perdre.

Moi : Et tu crois pas que là, tu me perds ? Tu penses vraiment me protéger en me torturant ? »

Till baisse les yeux. J'aurais voulu que ça se passe d'une autre façon, j'avais pas prévu ça. C'est douloureux, mais c'est bon de se livrer.

« Moi : Désolée, je voulais pas être si méchante, désolée.

Till : Non, t'as raison de me dire ce que tu penses, je l'ai bien mérité.

Moi : Et maintenant, il se passe quoi ? » J'observe l'apollon faire quelques pas, les mains dans les poches, crispé, mais serein.

« Till : Je change pas d'avis. Ca va mettre un peu de temps, peut-être, mais tu vas te résigner et trouver un gars qui te mérite, j't'apporterais rien de bon. » Il m'adressa un regard désolé.

« Moi : J'peux pas te dire que je comprends, mais je tolère. De toute façon j'ai pas le choix j'imagine... » Je lui souris tristement,

« Till : Non, mais je te promets de faire des efforts, apparemment tout ce que j'ai fait jusqu'à aujourd'hui n'a servi à rien !

Moi : Et non ! Mais s'il te plaît, ne m'ignore plus, ça me déchire, vraiment.

Till : Mmmh, c'était peut-être la meilleure façon de m'y prendre. Et ça m'a fait souffrir, aussi. »

Il s'approche doucement de moi, s'assoit à ma gauche et m'entoure les épaules de son bras. On est resté comme ça quelques minutes, dans le silence, le calme après la tempête d'émotions, on va dire. Till s'est finalement levé pour rejoindre le studio d'enregistrement, et moi je le dévorais des yeux.

Je suis rentrée à La Cas', plongée dans un bain de sentiments... de l'apaisement, à la déception, de l'allégresse au désespoir. Till m'avait enfin dévoilé le fond de ses pensées, la cause de tout... Il m'aime mais ne veut pas de moi, pour me « protéger ». Quel imbécile... Mais je l'aime tellement. Je sais que je ne devrais pas, mais pour moi, c'est un nouveau départ, et je garde espoir, encore plus fermement qu'auparavant. Quand j'ai un rêve, je le lâche pas, jusqu'à ce qu'il se réalise, même si ça me prend toute une vie. Comme dit Till, je suis trop butée, hors de question que je le laisse. Il m'offre même son amitié, et c'est déjà beaucoup.

Animée de mon espèce de bonheur qu'on pourrait dire « inachevé », je colore une toile et y déverse toutes mes émotions. S'ensuit une sieste qui finalement s'est transformée ... en nuit.


le lendemain

Je me réveille tôt, et de bonne humeur, cette humeur que je n'ai pas connu depuis des semaines. Je retrouve les petits feux d'artifices dans mon c½ur, comme à l'hôpital. Ca peut paraitre ridicule, mais même si Till est résigné à ne pas céder à l'amour, je pète la forme. Parce que je sais qu'il m'aime, même s'il ne s'y autorise pas.

« Moi : Flake ! Comment vas-tu ?

Flake : Super, je suis très heureux... L'enregistrement se passe bien, on est dans les temps. Et je ne sais pas ce que tu as dit à Till, mais son humeur s'est considérablement améliorée hier !

Moi : On a mis quelques choses au clair, à propos de nos conflits complètement inutiles,

Flake : Chouette, c'est plutôt bon alors, enfin je pense que l'ambiance va redevenir moins tendue.

Moi : Oui, Till était un peu stressé à cause de tout ça, maintenant c'est arrangé,

Flake : De toute façon, Till aime bien la tension, c'est sa muse, d'ailleurs il était particulièrement inspiré ces derniers temps, il prépare de belles choses pour nos prochains morceaux,

Moi : Finalement, on trouve toujours un point positif à tout ça !

Flake : Toujours, Kay, toujours ! »

Une tasse de café plus tard, j'entends les rires de Paul et Richard qui se mêlent à celui d'un homme qui ne m'est pas inconnu... Tous trois arrivent dans la cuisine et leur bonne humeur me remplit de joie. C'est bon de les retrouver. C'est bon de croiser le regard amusé de Till, de nouveau. Ce Till là me manquait. L'après-midi, on revoit les améliorations des projets pyro', et Till est franchement surexcité de voir ce que ça va donner, surtout le manteau enflammé, là il adore le concept. Il est adorable, et je crois que ça lui plaît.



'Ayé, fallait bien déballer son sac un jour ou l'autre ^^
je sais pas trop ce que vous allez penser de ce chapitre,
et pour la suite... à bientôt =)

# Posté le mercredi 29 octobre 2008 18:29

CHAPiTRe 19 : L'anniversaire.

CHAPiTRe 19 : L'anniversaire.


11 avril 1995

Aujourd'hui est un jour particulier. C'est l'anniversaire de notre bon Olly qui a 24 ans, mais c'est aussi la fin des enregistrements au studio. Bon, le travail sur l'album n'est absolument pas fini (il reste encore le mixage, le choix de l'ordre des morceaux, etc.) mais ça fait quand même deux bonnes raisons de se miner méchamment au bar du coin !

C'est aussi une victoire pour moi, qui résiste au sourire de Lindemann depuis un mois, qui refuse de céder à la tentation, ou de me noyer négligemment dans sa paire d'yeux bleus. Je ne peux pas dire que je souffre à l'heure actuelle, parce que la douleur dans mon c½ur s'est dissipée depuis notre conversation. Je suis tout bêtement dans l'attente... L'attente de quelque chose qui n'arrive que dans les films de série B. Le « je-ne-peux-pas-vivre-sans-toi-embrasse-môôûûââ ! » que toutes les filles rêvent d'entendre.

Sauf que je ne suis pas une simple fille, je suis Kay Morgenstern, je manie le feu. Je commence à comprendre que la vie n'est pas un film, il m'est arrivé un tas de trucs incroyablement délicieux, mais je ne peux pas tout avoir non plus. Alors si c'est tout ou rien, je préfère m'emparer de l'amitié de Till plutôt que le repousser. Un regard complice ne vaut pas un regard de désir, mais c'est quand même beaucoup mieux qu'un regard de haine.

J'enfile des collants rayés, une jupe noire et mes doc's. Je sais qu'Olly aime bien me voir fringuée comme ça, du genre « keupon qui prend soin de soi ». J'emballe le plus proprement possible le dernier CD des Clash et le fourre dans mon sac pour ne pas oublier de le lui offrir ce soir. Je me dessine des yeux de biche, ceux que je réserve pour les grandes occasions (honnêtement, en règle générale je ne passe plus des heures à me maquiller le matin, le naturel me va bien). Je descends dans le hall et c'est Till qui m'accueille.

« Till : Bonjour Kay » il me dépose un baiser sur le front, comme à son habitude, « bien dormi ?

Moi : J'me suis demandée toute la nuit si j'avais acheté le bon CD pour Olly, et toi ?

Till : Moi j'ai acheté le bon CD, et du coup j'ai dormi. Dis, t'es vraiment jolie comme ça !

Moi : Ah... Merci beaucoup, t'es pas mal non plus quand tu changes de t-shirt...

Till : (rit), Fous toi de ma gueule, je te dirai rien ! Qu'est-ce qu'il a mon t-shirt ?

Moi : Je déconne, il est parfait. Personne d'autre n'est levé ?

Till : Si, ils sont tous en ville. Tu les connais, ils s'y sont pris au dernier moment pour acheter un cadeau à Olly...

Moi : Ca m'étonne pas d'eux ^^ »

C'est toujours un peu étrange de s'échanger des compliments. On reste honnête, mais on veut pas se séduire... puisque c'est déjà fait. Mais quand même, c'est risquer de franchir une limite que Till a posée, et c'est pour cela que je suis toujours surprise de l'entendre me trouver jolie. Secrètement, je voudrais que ses mots sonnent comme une déclaration, qu'il me trouve belle, puis qu'il s'empare de mes hanches... Mais arrête de rêver Kay !

En attendant les mecs, je sors ma guitare sèche et entame les premières notes de Seemann en priant Till de chanter. Après un regard amusé, sa voix résonne et j'en oublierais presque de jouer.

Viens dans mon bateau
Une tempête se lève, et la nuit tombe
Où veux-tu aller, comme ça toute seule, à la dérive
Qui va te tenir la main quand tu seras entraînée vers le fond ?
Où t'en vas-tu,
La mer glacée n'a pas de rives
Viens dans mon bateau, le vent d'automne gonfle les voiles
Et te voilà maintenant auprès du réverbère
Le visage plein de larmes
La lumière du jour décline
Le vent d'automne balaie les rues


« Moi : Ce texte est magnifique, je ne sais pas si je te l'ai déjà dit,

Till : Je l'aime beaucoup aussi, il est vraiment... sincère. »


Le soir même

Paul, Doom et moi sommes déjà accoudés sur une table de notre petit bar favori. On attend les quatre autres avant de commencer les festivités... La petite amie actuelle de Doom est aussi présente, on n'a pas eu beaucoup d'occasions de se voir mais le peu que je connais d'elle me plaît. Finalement, elle ressemble assez à Doom.

Finalement, Olly arrive, entouré de Flake, Richard et Till. Les blagues s'enchaînent, les verres aussi. On commence tous à être un peu éméchés, Richard pelote une inconnue du bar, Olly, Flake et Paul jouent à celui qui finira le plus vite son verre de vodka. Je me lance sur la « piste de dance » qui n'en est pas une, mais 5m² d'espace vide ça suffit pour s'éclater sur E.M.I des Sex Pistols. La copine de Doom me rejoint, on finit par remuer comme des abruties, et j'adore ça. Je sens alors de longues mains tièdes se poser sur ma taille, et le souffle alcoolisé d'un homme glisser sur ma tempe. J'incline ma tête vers le haut, un grand sourire se dessine sur mon visage. Lindemann se rapproche plus près de moi, les courbes de son buste épousent celles de mon dos. Il laisse glisser ses lèvres sur mon front, j'accompagne ses doigts vers mes hanches. Till me susurre quelques mots,

« Till : Je t'ai déjà dit que tu étais vraiment jolie ?...

Moi : Tu peux le répéter, ça ne me dérange pas,

Till : Suis-moi »

Lindemann m'entraîne vers le fond du bar, me montre un escalier qui n'a pas l'air autorisé aux clients, puis me soulève comme si je ne pesais rien. Je ris, blottie dans ses bras, dévorant ses yeux. On atterrit au premier étage, Till me plaque contre lui, passe sa main dans mes cheveux et m'offre ses lèvres au délicieux goût de whisky. De son autre main, il ouvre une porte, et l'on se précipite dans la chambre à peine éclairée. La tête me tourne, on s'enivre de nos baisers, je n'arrive même pas à défaire les boutons de mon chemisier, lui s'en charge. Je fais courir mes mains sous son t-shirt, dans ses cheveux ébènes, sur son visage passionné. Il explore ma peau et me dévore. La nuit a été longue et sensuelle.



C'est la décadence xD

# Posté le vendredi 31 octobre 2008 15:49