Mouais. Aller réveiller Richard m'importe peu, il suffit que je lui arrache sa couverture en criant « Ichh wiiiill fickeeeeen !! ». Mais réveiller Till... Ca veut dire poser un pas dans sa chambre, lieu où je ne suis jamais allée. En une semaine, on ne s'est quasiment rien dit à part « bonjour » et « bien dormi ? » ou « Doom t'appelle » etc. L'idée de l'approcher dans ce genre de situation ne m'enchante guère.
« Richard : Mmmmmh laisse moi dormir, touche pas aux volets...
Moi : Mais on est dans le noir complet ! Bon okay, j'touche pas aux volets. Et tu peux pas dormir plus longtemps, Emu arrive dans quelques dizaines de minutes, au fait tu peux réveiller Till ?
Richard : Va le faire, t'es debout.
Moi : T'es à quelques pas de sa chambre, et j'ai des choses à faire,
Richard : Exactement comme moi. C'est quoi ton problème ?
Moi : Mon problème ? Quel problème ?
Richard : Ton problème avec Till, andouille.
Moi : J'vois pas de problème, t'es drôle toi !
Richard : Bon assis toi là et raconte moi. »
Je doute. Est-ce qu'il est vraiment nécessaire que je lui en parle ? Est-ce vraiment nécessaire de lui cacher la vérité ? Après tout, je pouvais avoir confiance en lui, c'est un type bien. Peut-être que j'ai besoin de parler, aussi. J'en ai marre de garder tout ça pour moi. Enfin, je me décide à lui parler un peu, mais à ne pas tout dire non plus. Je cherche à tâtons une place sur le lit de mon confident.
« Moi : je sais pas, je suis pas sûre qu'il soit content de me voir ici. Je crois que je le dérange. Ou plutôt, je crois que ça ne le dérangerait pas si je décampais. On se parle jamais. En fait, on se parle plus.
Richard : J'ai remarqué qu'il y avait un genre de malaise entre vous, mais dissimulé. Peut-être que Till est préoccupé en ce moment. Enfin, 'faut pas que ça te mine le moral.
Moi : Ouais, t'as raison. Au fait, il reste des crêpes en bas.
Richard : 'Fallait me le dire plus tôt, je me serais levé tout de suite ! »
Okay. J'ai réussi à pas déballer (tout) mon sac à Richard. Je crois qu'il a compris que je veux pas m'eterniser sur ce sujet. C'est sûrement pas le moment pour ça, tout ça est trop récent. Mais pour le moment, je suis encore condamnée à ma mission titanesque. Je me plante devant la porte de Till et respire un grand coup. Après quelques secondes, je tape trois coups brefs sur la porte, attends une réponse. Bien sûr, comme j'ai énormément de chance, ça ne suffit pas pour le tirer de son sommeil. Bon, vas-y, il va pas te bouffer non plus. J'entrouvre délicatement la porte et chuchote un « Till, réveille-toi ». Aucune réaction. « 'Fait chier... »
Je glisse un pied dans l'ouverture et m'engouffre dans la chambre très sombre. Je distingue à peu près la silhouette aux proportions alléchantes. Qu'est-ce qu'il est sexy quand il dort... Sa poitrine se soulève et s'affaisse lentement. Ses cheveux tombent devant ses yeux clos, sa main pend gracieusement hors du lit. Un véritable apollon. Je contemple ce que je n'aurai jamais, et malgré moi, la douleur renait. Elle me tiraille, m'arrache quelques larmes silencieuses qui coulent sur mes joues. Je me fiche d'avoir l'air pitoyable, plantée au milieu d'une chambre, je regarde le type que j'aime et dont je n'ai pas croisé le regard depuis bien longtemps.
Aimantée, je m'approche doucement vers lui. Je n'ai pas l'intention de le réveiller, je voudrais le voir dormir pendant des heures, encore. Je m'agenouille à hauteur de son visage, je sens son souffle sur ma peau. Je rapproche encore un peu mon visage du sien, posé sur le coté, et j'incline la tête à sa manière. Je savoure ce moment, à mi-chemin entre l'excitation et l'apaisement.
Je ne sens pas que son souffle se fait plus rapide. Till ouvre ses yeux lentement, j'y sombre immédiatement. Ce regard veut tout dire et rien dire. A ce moment, plus rien n'a d'importance. Je suis en dehors du temps et de l'espace, noyée dans le velours de ses iris. Je sens mes larmes tièdes courir sur mon visage et chuter sur son bras. Ses traits deviennent graves tandis que je sens sa main chaude se poser doucement sur ma joue. Ses doigts m'effleurent et me brûlent.
Lui : « Je suis désolé. »
Je n'ai rien à lui répondre, je ne trouve plus ma voix. Till ne me laisse pas le temps de réagir, il se redresse. Je ne supporte plus de rester une seconde de plus ici, et quitte la chambre. Déboussolée. Le regard dans le vide, je me dirige vers mon endroit. Mon camion-citerne abandonné dans le grand garage.
A peine entrée, je referme tout de suite les grandes portières de l'arrière. Je suis maintenant isolée dans quelques mètres carrés, et je me sens enfin en sécurité. Par reflexe, j'attrape une toile vierge et peins ce que voient les yeux d'un ange déchu.
Ca fait maintenant quelques heures que je suis cloîtrée dans mon camion, respirant les vapeurs de peinture. J'ai aucune envie de sortir, je peux tenir des heures encore, avec quelques biscuits à portée de main. Je suis plongée dans les couleurs et les formes, je ne pense plus qu'à ça, j'offre un peu de répit à mon c½ur.
iL n'empêche que je suis bouleversée, et je le sais. Je me sens ridicule d'avoir pleuré comme une gamine, je me sens incomprise, perdue, effrayée par le moment où il faudra bien le recroiser au coin d'un couloir de La Cas', et par-dessus tout, triste. Seul point positif : il n'y avait pas plus clair, pour lui faire comprendre très clairement ce que je pense de la situation, qu'un regard lourd de signification. Au moins la glace est brisée. « Vas-y, cherche toi des excuses pour ce que tu as fait Kay ! ».
C'était sûrement pas la meilleure chose à faire. Je me demande s'il se montrera encore plus distant qu'auparavant, après ce matin. Encore faut-il que ce soit possible.
Quelques coups sur la portière à l'arrière du camion interrompent le fil de mes pensées. Je sursaute, l'angoisse reprend. J'espère intérieurement qu'il ne s'agit pas de Lui et prend un air le plus naturel possible en entrebâillant la grande portière du camion.
« Richard : Ah bah te voilà ! J'ai cru que tu t'étais taillée,
Moi : Non, je ferai jamais ça, tu veux rentrer ?
Richard : J'veux bien. Wowh ! t'as peint ça quand ?
Moi : Je l'ai finie il y a une demi-heure. Ca te plaît ?
Richard : Je sais pas, ça me fait peur, c'est très torturé. Ca me ressemble un peu,
Moi : C'est la meilleure réponse qu'on puisse me donner. Ca me ressemble aussi, malgré moi. »
On se retourne tous les deux vers la grande toile. La femme qui est dessus est bouleversante. Moi, je suis calme, ça fait toute la différence. Après reflexion, je ne veux pas être cette femme toute grise. J'attrape les épaules de mon ami.
« Moi : Ca te dit qu'on descende prendre un café en bas ?
Richard : Ca marche. Au fait, tu veux des nouvelles ? Emu a enfin la date de notre entrée en studio, on commence l'enregistrement en mars.
Moi : Génial ! Demain je te montre mes premiers projets de pyrotech', ça risque de te plaire. »
Merci beaucoup pour vos nombreux commentaires !
c'est adorable <3
Un petit clin d'oeil à Geschichtetraum qui a posté le 5OOè com (oyeah =D)
Et un autre clin d'oeil à In-my-Tears qui m'a poussé à aller écouter Godsmack, résultat: j'adore ce groupe.
Merci à tout le monde, en fait <3
précision: cette peinture n'est pas de moi, je l'ai trouvé ici =)
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