« Et maintenant ? »
Accoudé sur le rebord de la fenêtre ouverte, il se contente de fumer en regardant Berlin se lever. L'aurore éclaire son visage d'une douce lueur orangée.
Till : « Je ne regrette pas »
J'esquisse un sourire. Cette nuit a été la plus merveilleuse que j'ai connue depuis des mois et des mois.
Kay : « Tu sais, on pourrait vivre ça constamment. Ca serait tellement plus simple si on était unis, Till. Et beaucoup moins douloureux aussi. Tu trouves pas que depuis un mois on se ment, à se regarder l'un et l'autre comme de simples potes ? Regarde, il a fallu qu'on soit ivre pour être honnête. »
Mon amant baisse la tête nonchalamment, tout dans son attitude me montre qu'il m'approuve mais qu'il en est dépité.
Till : « Ca ne serait ni plus simple, ni moins douloureux. On s'aime mais on reste comme les autres, on n'est pas des dieux et notre histoire ne sera pas immortelle. Tu comprends ? On finira nous aussi comme ces couples qui se déchirent, au bout de deux mois ou au bout de 30 ans. On finira par mourir de douleur. L'amour c'est juste éphémère, donc inutile.
Kay : Till, c'est trop tard pour dire ça. Il fallait y penser avant, avant cette nuit, avant que tu m'aies sauvé la vie il y a plus d'un an, même. Si tu ne veux pas de l'amour, tu peux carrément t'interdire de parler aux femmes, alors.
Till : Avant c'était pas pareil avec les filles, c'était moins compliqué, c'était juste physique.
Kay : Ce qui se passe en ce moment c'est pas compliqué, c'est toi qui complique, c'est toi qui a peur. T'as peur parce que tu maitrises pas tes sentiments, parce que tu te rends compte que t'es comme les autres, t'es pas insensible ni invincible. C'est trop tard pour faire un retour en arrière, on n'a plus qu'à assumer ce qu'on ressent. »
Je me glisse doucement jusqu'à lui et entoure son torse saillant de mes mains.
Kay : « Till, t'es pas malade...
Till : ...T'as raison, j'suis juste fou amoureux, pour la première fois »
3o minutes plus tard, revenus à La Caz'
Les cinq gars pioncent après cette nuit de beuverie. Till et moi, on se fait discret histoire de pas les réveiller. Difficile de se frayer un chemin entre eux, étendus à même le sol dans le Hall... On dirait qu'ils étaient trop morts pour monter l'étage jusqu'à leur chambre ! En voyant frissonner Richard, j'attrape des édredons et les dispose sur les musiciens grelottant. Till m'adresse un clin d'½il et me fait signe de le rejoindre à la cuisine.
Dix minutes plus tard, ma main droite tient ma tasse de café, ma main gauche est au creux de celle de Till.
Till : « Tu sais, les paroles de Seemann, c'est toi qui m'a inspiré. L'idée m'est venue quelques jours après notre première rencontre. Et te voilà maintenant auprès du réverbère, Le visage plein de larmes, La lumière du jour décline,Le vent d'automne balaie les rues... »
Il me regarde tendrement, et je comprends pourquoi il disait de cette chanson qu'elle est « sincère »... Elle est tout simplement inspirée de nous deux, de cette nuit où mon ancien dealer m'avait menacée, où Till et Richard avaient empêché le pire, dans cette petite ruelle, par une fraîche nuit de décembre... J'approche mes lèvres vers celle de Till.
Till : « On parlera de nous aux autres ce soir, si tu veux bien » J'acquiesce.
Les marmottes se réveillent en fin de matinée, avec une gueule de bois pas possible. Olly passe en revue les cadeaux qu'il a reçus, des CD, un t-shirt Iron Maiden, etc. L'heure du dîner arrive vite, je ressens à la fois de l'excitation et de l'appréhension, j'espère qu'ils vont bien prendre la nouvelle... Je pense qu'ils se doutent de quelque chose, ils ont peut-être remarqué que Till et moi ne sommes pas rentrés avec eux dans la nuit. Sûrement, même.
Je passe à table la dernière, et Till pose ostensiblement sa main sur la mienne en me souriant. J'aperçois Paul qui s'arrête de manger, suivi de près par Richard et les autres.
Paul (avec un sourire coquin) : « Aah ! ... D'accord !
Doom : C'est chouette ça,
Richard : Et... Depuis quand si c'est pas indiscret ?
Till : Disons que ça a été compliqué, mais ça fait un bon bout de temps, depuis qu'on s'est rencontré en fait,
Flake : Whow vous nous aviez caché ça !
Kay : On se l'est caché à nous même, aussi...
Flake : ... Et ça c'est arrangé, je suis content pour vous »
La discussion a vaguement tourné autour de Till et moi, et j'ai été rassuré que les mecs le prennent bien, j'avais peur qu'ils aient dans la tête l'image d'une fille un peu... intéressée. Rien de tout cela finalement ! Ils sont ravis, je rayonne, à la manière de Till.
Vers 22h, je m'isole dans mon camion rouillé. Adossé contre la carcasse du véhicule, je souffle de soulagement. Je suis soulagée que tout soit enfin clair, je me sens libre de l'aimer. Sur la cloison du camion, j'avais accroché une très vieille toile, celle du couple enlacé. Je souris... « Till et moi ». Ressourcée, je rejoins le « dortoir ». Je traverse le couloirs des chambres, entends Paul jouer de la guitare sèche, Flake qui parle avec Schneider. J'entre dans la chambre de Till, plongé sur ses feuilles. Un baiser tendre plus tard, je quitte sa chambre... Ce soir je suis un peu fatiguée.
Je plonge sur mon lit avec plaisir. Cette journée a été chargée en émotion. Le bonheur ça grignote beaucoup d'énergie... Après une douche brûlante, je me glisse avec délice dans mes draps. Je ferme les yeux, mais je remarque un bruit étrange. Je me concentre, les yeux fermés, sur ce son... Ce sont des sanglots étouffés, mais ils ne viennent pas de ma chambre ni du couloir. Ils viennent de l'autre côté du mur, ils viennent de la chambre de Richard.
PiX : un dessin que j'ai fait, c'est Kay ^^

![[[ The End ]]](http://1f.img.v4.skyrock.net/1fb/liebe--ist--krieg/pics/2219625283_small_1.jpg)